Le clubman et le mercenaire

Par Dominique le 07 février 2011 - 1 commentaire

Tout a commencé par une poignée de mains. C’est obligatoire avant un match. Chez l’un des joueurs, la gêne était palpable. Paluche moite ? Sans doute. Regard fuyant ? Cela s’est vu très nettement. Le premier adversaire qu’il salua était si froid que son parfum piquait les narines. Le deuxième fut à peine plus cordial. Puis vinrent les neuf autres. Eux, ils avaient le goût du sang dans la bouche. La rencontre pouvait alors débuter… 


Puisque vous me le demandez, c’est bien volontiers que je vous avouerai que je n’aurais raté pour rien au monde ce match de « Premier League » qui, dimanche, opposait Chelsea à Liverpool. A priori, ce rendez-vous avait tous les attributs pour plaire : l’esprit anglais dans tout ce qu’il y a de plus typique, une forme d’arrogance liée à l’égo surdimensionné de certains joueurs conviés à ce must de la saison outre-Manche, sans oublier, « off course », l’habileté exceptionnelle de ceux dont on dira qu’ils appartiennent effectivement à une espèce rare, les surdoués. Bref : la garantie d’un spectacle assuré, d’autant que les deux équipes venaient à peine de remballer leur chéquier après avoir renforcé un effectif déjà présumé pléthorique, voire franchement babélien…

A ce propos, est-il utile de revenir sur ce coup de folie qui a secoué le championnat d’Angleterre quand, en début de semaine dernière, des sommes incroyables y ont circulé, accréditant ainsi la thèse des transferts de Fernando Torres, David Luiz, Andy Carroll et Luis Suarez pour un montant global de 151 millions d’euros ? Bien sûr qu’il faut en parler à nouveau, puisque c’est là où résidait l’un des attraits de cette rencontre entre Chelsea et Liverpool : comment le premier nommé, déclaré depuis « traître à la patrie » après que de nombreux supporters des « Reds » aient brûlé son maillot, allait-il se comporter face à son ancien club ? Les trois autres ? Vu le contexte, c’était plus anecdotique…

J’en retourne à mon propos initial. Lorsqu’il s’est agi d’aller saluer ses désormais ex-partenaires, comme le protocole l’exige, Fernando Torres a paru très embarrassé. Le nez rivé à la pointe de ses chaussures, il a à peine relevé la tête lorsqu’il lui a fallu prendre la main que lui tendait Steven Gerrard. Autrefois uni à l’Anglais pour le meilleur et pour le pire, l’Espagnol sait désormais ce que le capitaine de Liverpool lui souhaite et, a fortiori, ce qu’il pense de lui : le regard que les deux hommes ont échangé trahissait, pour l’un, sa froide rancœur, pour l’autre, une sorte de malaise. Puis Fernando Torres se dirigea vers Jaimie Carragher, cette autre furieuse légende des « Reds ». Une forme de colère se lisait alors dans les yeux du défenseur : lui non plus n’avait guère apprécié la dernière sortie de l’Espagnol, qui justifia son départ pour Chelsea en annonçant que s’il partait, c’est « tout simplement parce que Liverpool ne possède plus le niveau pour rivaliser avec les meilleurs ». La conséquence ? Steven Gerrard, Jaimie Carragher et tous leurs potes attendaient l’occasion pour remettre leur ancien camarade à sa place. Celle-ci leur fut fournie ce dimanche, tandis que Liverpool battait Chelsea.

Le duel entre le clubman – Steven Gerrard, indissociable depuis 2000 des succès des « Reds » dont il est le leader naturel – et le mercenaire – rétribué à hauteur de 8 millions et demi d’euros net par an à Chelsea – tourna dès lors à l’avantage de l’Anglais, dans la plus pure tradition britannique en fait, où l’outsider – terme inventé d’ailleurs outre-Manche – est toujours capable de se sublimer quand les circonstances l’exigent. Cette fois, c’était le cas de Liverpool, dont chacun des joueurs aurait préféré perdre la vie sur le gazon de Stamford Bridge plutôt que de voir Fernando Torres inscrire son premier but pour sa nouvelle équipe. Et avec ça, vous douteriez encore de la capacité des Anglais à mourir pour des principes ? Moi pas. Détail croustillant : l’unique goal de cette partie, plutôt décevante du reste, tomba à l’initiative de Steven Gerrard. Parti sur la droite, il centra à l’aveugle, quasi certain que… Fernando Torres jaillirait pour reprendre le ballon. Une question d’habitudes, probablement. On appelle ça, en langage courant, « automatismes ». Or, c’est le Portugais Raul Meirelles qui se trouvait à l’affût. Coup de canon à Stamford Bridge. Roman Abramovitch, l’oligarque russe maître des lieux, en avala, paraît-il, de travers sa « Platinum » d’American Express. Enfin, du football après des chiffres. Comme quoi, c’est bien la preuve que l’argent ne fait pas le bonheur. Pas vrai, Fernando ?

Dominique

16:18 Écrit par Dominique dans En marge, Jupiler Pro League | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

Commentaires

Salutation vous pourriez me nommer la marque du design exploité pour ce cms de ce web site. Aimablement

Écrit par : tarot divinatoire - stage-tarot.com | 27 septembre 2012

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.