L’étoffe des zéros

Par Dominique le 09 février 2011

Leurs jambes leur font défaut. Leur tête s’étourdit. Leurs oreilles n’entendent plus rien, ni les encouragements de leurs partenaires, ni les quolibets vachards qui montent des tribunes. Clowns d’un cirque sans étoiles, le Lierrois Gonzague Vandooren et le Waregemois Sammy Bossut ont été épinglés pour avoir précipité la défaite de leur équipe le week-end dernier. Ils ne sont pas les seuls à avoir flanché un jour. Arrêt sur d’autres images…


Leur réputation a volé en éclats. C’était inévitable. Leurs maladresses en ont fait s’esclaffer plus d’un. Certains, qui comptent parmi les supporters acharnés de l’équipe où évoluent Gonzague Vandooren et Sammy Bossut, leur en ont énormément voulu. Ainsi, m’a-t-on rapporté sous le couvert de l’anonymat, les plus virulents étaient prêts à jeter des pierres à ces deux farfelus qui, pour l’un, a été pour beaucoup dans l’échec du Lierse à La Gantoise, qui, pour l’autre, est à l’origine de la défaite de Zulte-Waregem à Charleroi.

Le premier faux-pas dont il va être question ici est compréhensible. Les Flandriens de Gentbrugge passent pour appartenir à l’une des formations de pointe du championnat. Ils jouissent en tout cas d’un tel crédit. Ont-ils réellement le potentiel pour revendiquer ce statut ? J’ai un avis très tranché à ce sujet. Je le formulerai à l’occasion. Donc, pour un club comme le Lierse, s’incliner à Gand n’a, a priori, rien de honteux. Pareil revers s’inscrirait même dans la logique des choses. En revanche, être battu au Mambour est plus embêtant quand on sait combien le lieu a(vait) perdu cette réputation de coupe-gorge qui, autrefois, en faisait le charme pour ses habitués et contribuait au désespoir de ses visiteurs.

L’autre jour, devant mon poste, je me suis demandé ce qu’ont dû ressentir tour à tour Gonzague Vandooren, impliqués dans trois des quatre buts encaissés par le Lierse à La Gantoise, et Sammy Bossut, coupable d’une faute de pied et de main à Charleroi. Était-ce de la colère, une rage froide qui a submergé l’ancien Mouscronnois, auteur d’un goal contre son camp avant de se trouver à l’origine des deux penaltys sifflés en faveur de Gand ? Était-ce de la fureur qui s’empara de Sammy Bossut au moment où ce dernier mesura toutes les conséquences de son dégagement raté devant l’Israélien Dudu Biton et de son hilarante manchette dans le vide pour chasser de ses filets cette reprise du prometteur Jérémy Serwy ? Et moi ? Etais-je en train de regarder une rediffusion des « Charlots » ?

Le football présente l’intéressante particularité de transformer un qualificatif louangeur en une critique acerbe, un adjectif sucré en une gigantesque parodie du « moi ». Pour cela, il suffit de louper son match. Une bourde et patatras, tout s’écroule. J’y songeais tandis que j’observais Sammy Bossut quittant la pelouse du Mambour la tête basse, ruminant son insouciance, vert de jalousie à l’encontre de son double, cet « autre Bossut », celui qui avait permis quelques jours plus tôt à Zulte-Waregem de gagner à Eupen après avoir notamment stoppé un coup de réparation. Infinis méandres de la personnalité humaine. Je songeais donc à ça et cela m’a rappelé quelques souvenirs. Celui de Stan Van den Buys : l’actuel adjoint de Jacky Mathijssen au Kiel n’a pas hésité un jour à  tromper son propre gardien à trois reprises lors de la même rencontre. C’était le 22 janvier 1995, avec le Germinal Ekeren, face à Anderlecht. Le Waregemois Stefan Leleu entra à son tour dans une zone de turbulences le 19 janvier 2007, lorsqu’il offrit au Racing Genk le bénéfice d’un partage résultant de deux monstrueuses erreurs d’appréciation coïncidant avec autant d’auto-goals. L’enquête démontra par la suite qu’à l’époque, personne n’avait expliqué au rugueux arrière flandrien dans quelle direction il était instamment prié de dégager le ballon.

La… coulpe fut également pleine pour le Brugeois Hans Cornelis en ce funeste 13 novembre (un samedi, pourtant), quand celui-ci rata un penalty face au Racing Genk avant d’en provoquer un autre en faveur des Limbourgeois. Pas mal ? Certes ! Notez qu’il n’y a pas que les gardiens ou les défenseurs à posséder l’étoffe des zéros. Rappelez-vous Bryan Ruiz avec Gand contre le Standard, en mai 2009, et la polémique engendrée par cette facétie du Costaricien devant Sinan Bolat : que n’a-t-on dit, ou écrit à ce propos ? Prenez Mbark Boussoufa, Lucas Biglia et Matias Suarez avec Anderlecht, dilapideurs des deniers du Sporting à nouveau évincé de la Ligue des Champions, cette fois lors de l’emballage final contre le Partizan Belgrade. C’est ce qui s’appelle se tirer une balle dans le pied. A l’instar de Roberto Baggio, avec l’Italie en finale de la Coupe du Monde 1994 ; des Anglais Beckham et Terry, David qui ne fit pas le boulot pour l’Angleterre en quart de finale de l’Euro 2004 et John qui bâcla la besogne en finale de la Ligue des Champions 2008 avec Chelsea ; de Jaap Stam et de Cristiano Ronaldo, le Hollandais si maladroit face à l’Italie en demi-finale de l’Euro 2000 et le Portugais, qui pulvérisa les nuages en demi-finale de la Ligue des Champions 2008, contre Barcelone…

Bref : le catalogue des souffrances infligées par le football à ceux qui le pratiquent, quel que soit leur niveau d’ailleurs, n’est pas près d’être refermé. Au contraire !  Sans doute aurais-je l’opportunité de vous en faire découvrir une nouvelle page d’ici peu ! En attendant, soyez charitables avec Gonzague Vandooren et Sammy Bossut. D’avance, merci pour eux…

Dominique       

 

18:00 Écrit par Dominique dans Jupiler Pro League | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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