Entraîneur : métier ou bain de sang ?

Par Dominique le 15 mars 2011

Sur les vingt dernières saisons, les clubs de division 1 ont procédé à 169 changements à la tête de leur staff technique. Au fait : est-ce que ça a marché ?


Tandis que je rédige ces quelques lignes, j’ignore tout du sort qu’Abbas Bayat aura réservé à Csaba Laszlö. Celui-ci aura peut-être été confirmé dans ses fonctions par son président. A charge pour le Hongrois de sauver ce qui pourra l’être encore au Sporting Charleroi. Ce que j’entends par là ? Pas grand-chose. Autre éventualité : Abbas Bayat a décidé de se séparer de Csaba Laszlö. Ce scénario est hautement plus probable. Pour deux raisons. Primo : le bilan désastreux du bonhomme (voir mon blog de ce 14 mars). Deuzio : les grandes manœuvres paraissent effectivement avoir commencé à Charleroi dans la mesure où Abbas Bayat aurait contacté l’un ou l’autre candidat susceptible de prendre le relais du Hongrois. Dont Glen De Boeck. Ce dernier a toutefois poliment décliné l’invitation. Je le comprends. L’Anversois se remet à peine de la désastreuse expérience, sportive et humaine, qu’il a vécue au Germinal Beerschot. Dès lors, que Glen De Boeck n’ait aucune envie de se suicider en acceptant de reprendre un club aussi mal en point semble logique.

A supposer qu’Abbas Bayat soit néanmoins parvenu à convaincre quelqu’un d’aider le Sporting Charleroi à se requinquer, information qui sera peut-être en votre possession lorsque vous me lirez, Csaba Laszlö sera devenu le huitième entraîneur à avoir été limogé au cours de cette saison, après Danny Ost (4 septembre), Aimé Anthuenis et Jacky Mathijssen (18 septembre), l’éphémère et carnavalesque Eziolino Capuano (24 septembre), Bart De Roover (24 octobre), Glen De Boeck (29 novembre) et Eric Van Meir (31 décembre). Huit licenciements ? Est-ce beaucoup ? Est-ce peu ? Si l’on tient compte des statistiques établies ces vingt dernières années, ce chiffre s’inscrit dans une moyenne raisonnable. Le marché de l’emploi au sein du football belge a, en effet, déjà été soumis à une activité plus intense. Je songe ainsi au championnat 2005-2006 où, record en la matière, les équipes de division 1 avaient multiplié les remaniements en virant pas moins de quinze (!) entraîneurs. Douze mois plus tard, ce chiffre passait à douze (ce qui n’est tout de même pas mal), pour redescendre à dix (2007-2008 et 2008-2009) et, enfin, à neuf l’an dernier.

Autre chose : qu’en est-il de la fiabilité d’une manœuvre qui consiste à multiplier les génuflexions et à assurer de sa dévotion le nouveau venu sous prétexte que son prédécesseur n’a pas répondu aux espoirs placés en lui ?  Eh bien, cela marche dans soixante-six pour cent des cas. Je m’explique. Sur les 169 changements d’entraîneurs qui ont eu pour cadre la division 1 de 1990 à l’été 2010, 111 d’entre eux ont débouché sur le résultat escompté. Un club a quelque peu abusé du procédé en question : Saint-Trond. Les Limbourgeois ont poussé 16 entraîneurs vers la sortie, devançant de peu dans cette macabre comptabilité le… Sporting Charleroi (15), puis Lokeren (13), le Standard, Mouscron et le Racing Genk (9). Une équipe a échappé à ce bain de sang : c’est Westerlo. Depuis qu’ils ont accédé à l’élite du championnat de Belgique, en 1997, les Campinois ont toujours fait en sorte de conserver leur confiance envers tous leurs entraîneurs. Sans exception. La preuve : lorsque Jan Ceulemans présenta sa démission durant la saison 2002-2003, celle-ci fut immédiatement refusée.

Cette constance, ce maintien d’un choix demeurent néanmoins exceptionnels par les temps qui courent. Vous en conviendrez aisément. Et si vous avez des doutes, évoquez le sujet avec Emilio Ferrera ou Paul Put. Ils vous diront d’autant mieux ce qu’ils en pensent qu’ils savent de quoi ils parlent. L’un et l’autre offrent la particularité d’être les deux entraîneurs à avoir été le plus souvent priés de faire leurs valises avant l’échéance de leur contrat : quatre fois chacun. Pour Emilio Ferrera, c’était avec Beveren (2001-2002), le FC Brussels (2004-2005), La Louvière (2005-2006) et le Club Brugeois (2006-2007). Pour le sulfureux Paul Put, nettement moins fréquentable que le Bruxellois – je m’en voudrais de ne pas le préciser, on le pria de prendre ses distances à Geel (1999-2000), à Lokeren (2003-2004), au Lierse (2005-2006) et à Mouscron (2005-2006). Et puis, à une certaine époque, les « chinoiseries » de l’intéressé étaient mal perçues ! Comme s’il était honteux d’avoir dans ses relations des amis asiatiques, parieurs de surcroît…


A propos de pari, si j’étais à votre place, je ne miserais donc plus le moindre cent sur l’avenir de Csaba Laszlö au Sporting Charleroi. J’en reviens à lui. Car à défaut d’entendre des voix divines qui lui indiqueraient alors la marche à suivre, j’imagine mal le Hongrois tenir la distance face à des rivaux aussi roués et aussi expérimentés que l’Eupenois Albert Cartier ou le Lierrois Trond Sollied, ses adversaires présumés lors des playoffs pour la descente. Car à défaut d’enchaîner une retraite à Lourdes, un pèlerinage à La Mecque, un passage-express au Mur des Lamentations et un bain dans les eaux sacrées du Gange, j’imagine mal Abbas Bayat contribuer au sauvetage de son équipe en y maintenant à sa tête un Hongrois auquel, d’ailleurs, plus personne, au Mambour, ne croit !


Dominique       
  


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