Lettre ouverte à Roger Vanden Stock

Par Dominique le 17 mars 2011

En début de saison, le président du Sporting d’Anderlecht nourrissait de grandes ambitions pour son équipe. Qu’en est-il aujourd’hui, tandis que le club bruxellois pourrait tout perdre, et son titre aussi bien sûr ?


Ne parlons pas de la Coupe d’Europe, qui les a vus sombrer corps et âme. N’évoquons même pas leur parcours en Coupe de Belgique, où, après avoir éliminé piteusement l’US Centre en seizième de finale, ils ont chuté au tour suivant face à Westerlo. Reste le championnat. S’ils veulent sauver leur saison, les Anderlechtois n’ont plus le choix : il leur faut conserver leur titre. A ce propos, je vous rappelle la phrase prononcée en son temps par Roger Vanden Stock, quelques mots tout simples mais finalement tellement lourds de sens en raison de la mise en garde que ce  « Nous sommes encore plus forts que l’an dernier » véhiculait pour ceux censés transformer cette (bonne ?) parole en actes. Sous-entendu ? Limpide : cette année (tiens : était-ce le cas précédemment ?), il n’y aura pas de place pour les touristes au Parc Astrid. En clair, pour ceux dont les subtilités de langage de Roger Vanden Stock continueraient à échapper, les agités du bocal qui entendraient mettre le pataquès en refusant de payer le prix qui convient à cette allégeance aux certitudes présidentielles seront immédiatement recadrés par la garde rapprochée du même nom.

Le recul aidant, je me prends à songer que les projets nourris cet été par Roger Vanden Stock pour son club procédaient davantage de l’effet de manches et de la démarche commerciale que d’une légitime et censée ambition. D’accord, mon cher Roger,  tu me rétorqueras (on se tutoie, depuis le temps qu’on se connaît…) qu’en football, on n’est jamais sûr de rien. D’ailleurs, ce qui rend ce sport tellement plaisant, c’est son indécision, son côté imprévisible. Tu me feras également observer que le Sporting est en tête de la compétition. C’est toujours vrai. Tu me demanderas encore si j’aurais tenu ce même discours entre le 24 octobre et le 12 février dernier, période durant laquelle ton équipe a signé une série comptable impressionnante : trente-neuf points sur quarante-cinq. Difficile en effet de faire mieux, je l’admets bien volontiers. A cela, je te répondrai que pour avoir observé Anderlecht à l’œuvre en diverses occasions, jamais je ne suis reparti du stade en étant convaincu par ce que j’avais vu.

Je vais te donner un exemple. Il est frappant. Il concerne ce récent déplacement à Eupen. Un nul au Kerhweg ? Sacrée performance ! La preuve : de tous les participants, confirmés ou présumés, aux playoffs du haut de tableau, le Sporting est le seul à ne pas avoir réussi à battre Eupen dans ses installations. Le Racing Genk y est parvenu (1-4), idem pour La Gantoise (0-3), le Club Brugeois (1-4), Lokeren, le Standard et le FC Malinois (0-1). Tu objecteras à cela qu’un jour sans, cela peut arriver à tout le monde. C’est clair. Le problème avec Anderlecht, c’est ce que cette forme de passage à vide que tu évoques pour ta défense ne se limite pas pour l’instant à cet unique faux-pas : depuis la reprise du championnat, le 22 janvier, le Sporting tourne à une moyenne de 57,14% des unités mises en jeu (soit 12 sur 21, dont 2 sur 9), pour 70,83% à Genk (17/24), 75% à La Gantoise (18/24) et 76,19% au Club Brugeois (16/21). Même Westerlo (62,5% - 15/24), a fait mieux. Dès lors, mon cher Roger, et sans spéculer sur ce qui se passera dimanche contre La Gantoise, cet Anderlecht-là est-il suffisamment armé pour parer à une agression maximale promise par ses rivaux directs dans les prochaines semaines ? J’aimerais te faire plaisir en te répondant de manière affirmative. Je suis contraint de te décevoir.

La façon dont Romelu Lukaku marque à Eupen m’a également interpellé. D’abord, vingt millions d’euros (voire plus) pour un garçon dont le dernier goal remonte à la venue du Lierse, le 26 décembre, et qui, a fortiori, n’a (pratiquement) rien prouvé au plus haut niveau, cela me paraît tout de même beaucoup. Je ne sais pas si on l’a déjà souligné en ta présence, mon cher Roger, mais concernant le transfert de ton attaquant, tes prétentions financières sont exagérées. D’accord ! Cet avis n’engage que moi. Et puis, si on t’offre autant d’argent, tu aurais tort de refuser. Mais je m’égare. Eupen, donc. Et ce but découlant d’un long dégagement de Silvio Proto. Cette action m’a frappé. Si elle m’a désolé ? Absolument. J’ai du mal à concevoir que l’efficacité du football produit par Anderlecht – je n’ose même pas utiliser le mot « créativité » – réside aujourd’hui dans le jeu au pied de son gardien. Et si cela devait se reproduire, je crierais à l’indécence. Mon jugement ne prend pas en compte le départ de Mbark Boussoufa ? J’exagère ? Oh, si peu ! Avec toi, mon cher Roger, qui annonçait fin juillet, au sujet des espoirs que tu plaçais alors dans le parcours du Sporting sur la scène européenne – je te cite : « J’avais déclaré que plus jamais un club belge ne pouvait atteindre une finale de Coupe d’Europe. Je retire ce que j’ai dit », cela fait la moyenne…

Dominique 

22:19 Écrit par Dominique dans Jupiler Pro League | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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