Détruire la Turquie, ou périr...

Par Dominique le 31 mai 2011

Pour conserver toutes ses chances de participer à l’Euro 2012, la Belgique devrait idéalement battre la Turquie ce vendredi, au Heysel. En cas de succès, les Diables Rouges auront réussi un joli coup. D’une part, ils auront écarté un concurrent direct de leur route. D’autre part, ils se seront définitivement réconciliés avec leur public…


Le fait est suffisamment rare pour que je le souligne : je ne donne pas tort à Georges Leekens ! Je serais même assez d’accord avec le « medecine man » du football belge lorsqu’il affirme que le match qui, ce vendredi, opposera les Diables Rouges à la Turquie « est, à n’en pas douter, le match le plus important que notre équipe nationale ait eu à disputer depuis dix ans ». Et pour cause, ajoute le faiseur de pluie, « car cette rencontre sera déterminante à très court terme pour notre avenir ». Dans le viseur du sorcier, la deuxième place du groupe A, porteuse d’espoirs pour une qualification, hier miraculeuse, aujourd’hui pas impossible, de la Belgique à la phase finale de l’Euro 2012.

Je vous fais grâce de certaines spéculations produites par cette éventualité, à commencer par celle qui consisterait à énoncer qu’en dépit des apparences, c’est-à-dire l’outrageante domination exercée par l’Allemagne sur cette poule, la perspective de devancer la Mannschaft d’ici le 11 octobre, date de clôture de la partie classique de la compétition, existe bel et bien mathématiquement pour les Diables Rouges. Pratiquement, c’est autre chose. C’est même nettement plus compliqué. En ce qui me concerne, je vois mal les Allemands ne pas empocher moins de la moitié des points face à l’Autriche, qu’ils doivent encore affronter à deux reprises, l’Azerbaïdjan, la Turquie et la Belgique, condition sine qua non afin que les Diables Rouges finissent en tête, pour peu, bien sûr, que ceux-ci aient réussi un sans-faute contre la Turquie, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan et, forcément, l’Allemagne.

Vous suivez ? Ne vous donnez pas cette peine. Je me répète : un tel retournement de situation paraît peu vraisemblable. Pour peaufiner sa vertu retrouvée et nourrir des ambitions réactivées, la Belgique devra dès lors se résoudre à démontrer qu’elle est effectivement redevenue elle-même en se soumettant au test des barrages face à l’un des sept autres deuxièmes issus des autres groupes. Comme elle avait dû le faire en novembre 2001, face à la République tchèque, tandis qu’elle cherchait alors le moyen de prendre part une nouvelle fois à une Coupe du Monde.

Les Diables Rouges étaient parvenus à leurs fins par le biais d’un double succès, l’un obtenu à Bruxelles, le second ramené de Prague quatre jours plus tard. 10 et 14 novembre 2001, 3 juin 2011 : à quelques mois près, les comptes de Georges Leekens sont justes. Dix ans pour que la Belgique se réveille de sa torpeur, relève la tête et soit en mesure de participer, comme par le passé, à une grande épreuve internationale. Dix ans, c’est long, très long. Impossible de masquer un bâillement devant l’indigence du football pratiqué à l'époque par les Diables Rouges : place à l’envers, affreux, de l’usine à rêves d’autrefois, la faillite des utopies nées des années plus tôt et savamment entretenues pourtant par plusieurs générations qui, toutes, sans exception, faisaient fantasmer leur public.

Depuis, celui-ci s’est mis à bouder. Souvenez-vous, exemples parmi d’autres que je cite en vrac : Belgique – Kazakhstan, à Bruxelles le 16 août 2006 : 18.000 spectateurs ; Belgique – Azerbaïdjan, à Bruxelles le 11 octobre 2006 : 16.000 spectateurs ; Belgique – Serbie, à Bruxelles le 22 août 2007 : 20.000 spectateurs ; Belgique – Finlande, à Bruxelles le 13 octobre 2007 : 18.000 spectateurs ; Belgique – Arménie, à Bruxelles le 17 octobre 2007 : 9.000 spectateurs ; Belgique – Estonie, à Liège le 6 septembre 2008 : 18.000 spectateurs ; Belgique – Arménie, à Bruxelles le 11 octobre 2008 : 21.000 spectateurs ; Belgique – Bosnie, à Genk le 28 mars 2009 : 20.800 spectateurs ; Belgique – Autriche, à Bruxelles le 12 octobre 2010 : 25.000 spectateurs. Et puis, une embellie, un premier pic : le duel entre la Belgique et l’Azerbaïdjan, joué le 29 mars dernier, attira trente-cinq mille personnes sur le plateau du Heysel. Mieux : à la mi-avril, la quasi-totalité du stock des places disponibles pour le match de ce vendredi entre la Belgique et la Turquie était écoulée en moins de deux jours. Le stade Roi-Baudouin « sold out » en quelques heures à peine. Les gens, vous, moi, ne se posent plus de questions. Au contraire : ils se sont remis à croire aux Diables Rouges. Comme en 2001, lorsque ces derniers durent pousser la République tchèque au fond d’un fossé, ce qui fut donc fait à Bruxelles, puis l’empêcher d’en sortir, ce qui eut lieu ensuite à Prague. Là, c’est la Turquie. Mais, somme toute, peu importe. Là encore, l’essentiel tient en une formule : détruire, ou périr…

Dominique

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