Ariël Jacobs se sait déjà condamné

Par Dominique le 25 juillet 2011

A l’avenir, l’entraîneur du Sporting d’Anderlecht est prié d’éviter toute forme de critiques sur la qualité du recrutement effectué par son club. L’ordre vient de tout en haut. Bref : Ariël Jacobs doit rester positif. Sinon ?


L’information ne tient pas dans la (courte) victoire remportée samedi, à Beringen, face aux Turcs de Gençlerbirligi. Succès anecdotique. Tout au plus. Néanmoins, ce match amical aura permis de faire le point sur l’état de forme d’une équipe six jours avant la reprise du championnat de Belgique. Si tous les efforts effectués en commun lors d’une phase de préparation intense semblent avoir resserré le groupe et créé de bonnes choses entre ceux qui en font partie, la mise en pratique laisse à désirer : et si le Sporting d’Anderlecht chutait vendredi soir à Louvain, où les Bruxellois se déplacent dans le cadre de la première journée de compétition ? J’avoue que cette idée me trotte dans la tête. Pourquoi ? Allez savoir ! Notez bien, les masques peuvent parfaitement tomber en fin de semaine, chacun se révélant tel qu’il est, ou plutôt tel que le souhaite le président Roger Vanden Stock. Lui, il veut des gagneurs-nés n’ayant qu’une envie, faire en sorte que le club bruxellois décroche le trente-et-unième titre de son histoire. Notez encore que ce n’est pas parce qu’il a plu hier – comprenez : la saison passée – sur un Parc Astrid noyé sous le flot des critiques qu’il pleuvra forcément demain, rendant le lieu impraticable à la pratique de ce beau football dont le Sporting d’Anderlecht fut si souvent le garant. Roger Vanden Stock a été très clair là-dessus l’autre jour (c’était vendredi, je crois), lorsqu’il fut question pour lui d’énoncer officiellement les objectifs nourris par les Bruxellois. Le titre, naturellement. Ensuite, la Coupe de Belgique. Puis, le président du Sporting d’Anderlecht s’est laissé aller en évoquant l’idée de voir les Bruxellois réaliser un bon parcours en Europa Ligue. Ma conclusion ? Rien que du copié-collé par rapport à l’an dernier : à la même époque, Roger Vanden Stock avait déclaré que son équipe était plus forte que celle qui avait été sacrée championne de Belgique peu de temps auparavant. Il avait ajouté que, pour cette raison, les résultats suivraient forcément. On a vu ce que ça a donné avec, entre autres, cette série catastrophique de huit matches où, battu à cinq reprises (par l’Ajax Amsterdam deux fois, Westerlo, le Standard et le Club Brugeois), accroché par Genk et Eupen, le Sporting n’allait remporter qu’une seule victoire, devant La Gantoise, c’est-à-dire personne puisque rares étaient ceux alors à ne pas mettre en péril l’équilibre de la coquille de noix flandrienne. Dérisoire capitaine de vaisseau, Francky Dury ne résistait pas à ce naufrage que, personnellement, j’avais annoncé à l’automne (voir mon blog du 29 octobre 2010). Là, je m’égare. Enfin, pas tout à fait. En prenant connaissance des propos de Roger Vanden Stock, s’obstinant derrière son micro à asséner des lieux communs comme un chien perdu s’acharne sur un os déjà blanc, je n’ai pas pu m’empêcher de songer à Ariël Jacobs : je ne le vois pas mieux embarqué que Francky Dury ! Assis non loin de Roger Vanden Stock, l’entraîneur anderlechtois écoutait attentivement le discours présidentiel aux forts relents de méthode Coué. Que pouvait-il bien faire d’autre ?, me suis-je ainsi demandé sinon attendre que l’autre en ait terminé avec son flot de banalités : « Anderlecht reste le favori pour le titre. » Ou : « Si nous échouons, c’est parce que nous aurons mal travaillé. » Ou : « Au Sporting, les échecs ne se digèrent pas facilement. » Puis, subitement, l’assistance se réveilla. Les plus endormis cherchèrent discrètement à s’étirer. Les autres, qui avaient vaillamment lutté contre l’engourdissement, balancés par la houle de ces vagues de mots comme une cressonnière humaine, s’imaginèrent que leur patience allait être récompensée. Quelque chose était sur le point de se produire. Était-ce à propos de Milan Jovanovic, disposé à  franchir le Rubicon aux rives miraculeusement rétrécies par la volonté des deux parties à trouver un accord financier ? Était-ce au sujet de Romelu Lukaku, enfin vendu ? Eh bien, non : l’un n’est pas près de venir et l’autre est loin d’être parti. Dans les deux cas, Roger Vanden Stock a été formel. L’excitation du stylo bille devra encore être contenue pendant quelques heures, quelques jours, quelques semaines ou même quelques mois. Dès lors, quoi, ou qui pourrait bien sauver le discours présidentiel de son aridité ? Oui, quoi ou qui sinon… Ariël Jacobs ? La fête à Neu-Neu – elle se poursuivit au Parc Astrid jusqu’à dimanche – n’aurait pas été complète sans une attraction principale. Dès vendredi, le rôle fut dévolu à l’entraîneur du Sporting. Ainsi lui a-t-il été expressément demandé par sa direction d’être « plus positif à l’avenir ». Points sur les « i » et doigts sur la couture du pantalon pour le Bruxellois. A qui il est reproché en haut lieu d’avoir formulé des critiques jugées excessives concernant son noyau. Or, selon Ariël Jacobs, ses dirigeants n’auraient pas pris suffisamment en compte ses souhaits – émis en mars – afin de pourvoir au renforcement de son effectif. L’intéressé s’en est d’ailleurs offusqué à diverses reprises. Au point d’irriter ses patrons. D’où ce rappel à l’ordre, formulé publiquement par Roger Vanden Stock. La saison n’a toujours pas débuté, et voilà Ariël Jacobs déjà condamné. A gagner car c’est son métier. A jouer du pipeau si c’est nécessaire. Et à prendre la porte quand la situation deviendra intenable, lorsque les paravents édifiés aujourd’hui pour la galerie auront été balayés par un gigantesque appel d’air. Cette fois, je pense que le vent soufflera de Bruges. Je prends volontiers les paris…

Dominique

15:30 Écrit par Dominique dans Jupiler Pro League | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

Les commentaires sont fermés.