L'Europe peut-elle nous faire peur ?

Par Dominique le 22 août 2011

A la mi-temps du match entre Zulte-Waregem et le Club Brugeois, je me suis pris à songer qu’Adrie Koster serait le premier entraîneur limogé cette saison. Au Gaverbeek, l’inaction des Flandriens était incompréhensible. Et indécente compte tenu de leur statut. Qu’en ira-t-il jeudi, en Coupe d’Europe, puis, dimanche après-midi, en championnat, contre Anderlecht ?


C’est bien connu : les veilles de matches de Coupes d’Europe sont propices à développer ce que je nommerais « le syndrome de la bouteille à encre ». Espèce surveillée s’il en est, les clubs qui, durant la semaine à venir, sont invités à réaliser des prouesses au niveau international, n’aiment rien tant que d’entretenir une forme de mystère à l’heure où il s’agit pour eux de répéter leurs gammes à l’échelon domestique. Ainsi, après avoir vu le Sporting d’Anderlecht sauvé miraculeusement des eaux à Lokeren, touché mais pas coulé grâce, entre autres, à plusieurs arrêts déterminants de son gardien Silvio Proto, qui aurait bien pu imaginer que les Bruxellois embrasseraient le statut en béton armé de futur qualifié en allant s’imposer quatre jours plus tard en Turquie, face à Bursaspor ? Vous ? Peut-être. Moi ? Nullement. De même, tandis que le Standard grillait comme un toast à La Gantoise, qui pouvait se douter que, le jeudi suivant, les Liégeois parviendraient à répondre d’une façon convaincante aux questions que tout le monde se posait à propos de leur avenir en Europa Ligue ? Deux exemples de réversibilité quasi totale dont le football se nourrit sous prétexte, et ce n’est pas faux, qu’il n’est pas une science exacte. Le succès submerge parfois les mauvais pressentiments. A contrario, les bonnes intentions peuvent se diluer dans les sucs âcres d’une mélancolie noire que porte en bandoulière une amère défaite. Le sujet est inépuisable. D’ailleurs, le revoici au centre de l’actualité. D’où cette colle : les équipes belges en lice sur la scène européenne écraseront-elles tout sur leur passage, comme la tendance permettait de le supposer à l’issue du premier round, ou, au contraire, faut-il s’attendre à l’une ou l’autre fin de partie pour telle ou telle ? Je parie pour cette seconde option. Je n’écris pas cela pour faire mal, ni pour me rendre intéressant ou pour aggraver ces blessures d’amour-propre dont notre football tarde à guérir. Mais par rapport à ce que j’ai pu observer ce week-end, l’atmosphère générale serait plutôt à la dépression molle. Une exception ? Le Standard. La performance des Liégeois devant Courtrai fut intéressante. Probante ? Dans les chiffres, certainement. Dans les faits, c’est différent : les trois buts inscrits par les vice-champions de Belgique résultent d’un nombre identique d’erreurs défensives commises par leurs rivaux. Qui, je le rappelle, ont livré dimanche leur dix-huitième match de championnat d’affilée à l’extérieur sans gagner. C’est dire si Courtrai est taillé pour l’exportation. L’éventualité de cette sanctification à laquelle d’aucuns, hâtivement élevés au rang d’expert en raison de leur passé de joueur, destinent inlassablement le Standard et, a fortiori, son entraîneur, José Riga, s’en trouve dès lors d’autant plus réduite que, n’en déplaise à ces nouveaux gourous du marketing cathodique, les Liégeois ne seront sûrs de rien, ce jeudi, face à Helsingborgs. Certes ! Ils partent là-bas avec un goal d’avance. Certes ! S’ils s’étaient montrés plus efficaces à Sclessin (un penalty loupé, entre autres), on aurait moins peur pour eux. Certes ! S’ils ont eu des occasions à Liège, il n’y a aucune raison qu’ils n’en aient pas en Suède. Et puis, les circonstances contraindront le loup scandinave à s’aventurer hors du bois. Helsingborgs doit marquer deux fois, au minimum. Cela ouvre forcément des perspectives à ceux qui veulent sauver leur âme en la mettant hors de portée des préjugés nés de ces quatre prestations peu convaincantes signées pour l’heure par le Standard en déplacement : à Genk en Supercoupe, à Mons et à Gand en championnat, à Zürich au tour préliminaire de la Ligue des Champions. Impressionnant, le Racing Genk ne le fut pas davantage samedi. Pas plus, le lendemain, que le Sporting d’Anderlecht et le Club Brugeois. Au gré des rencontres qu’ils disputaient, les Limbourgeois, les Bruxellois et les Flandriens se sont laissés aller comme des boules de flipper : ils étaient uniquement réactifs. On attendait plutôt d’eux qu’ils soient actifs. Ils ne l’ont pas été. Premier réflexe des défenseurs du Racing face aux attaquants du Cercle : prendre les jambes à leur cou et détaler. Ce qui promet face aux joueurs du Maccabi Haïfa, pas maladroits du tout balle au pied. Construit avec une alternance de thèmes en majeur et en mineur, le début de saison du Sporting d’Anderlecht et du Club Brugeois se ressemble et, en tout cas, donne matière à conjectures. Par moments, ces deux formations font surchauffer la tronçonneuse, abattant impitoyablement tout ce qui passe à portée d’elles. A d’autres instants, comme ce week-end contre Mons et Zulte-Waregem, elles s’épuisent en offensives périmées reposant sur un faible volume de construction, franchissant toutefois comme par miracle les tout derniers coupe-feu censés parer leurs coups de feu. D’où mon inquiétude : déploieront-elles une arme secrète en cette semaine de tous les dangers ? C’est en effet obligatoire…

Dominique

P.S. Un mot encore – mais ce sera le dernier – sur Franky Vercauteren. « Parti comme un voleur » – je reprends l’intitulé d’un titre publié la semaine passée par la presse flamande –, le Bruxellois est apparu, sur toutes les photos prises à l’aéroport de Tel-Aviv où il s’apprêtait à s’envoler pour les Emirats, portant le costume officiel de Genk : chemise, veston, pantalon, chaussures fournies par le club limbourgeois, la cravate bleue floquée de l’écusson du Racing en moins. Parfum de nostalgie (déjà !) ou manifestation exacerbée du toupet d’un individu décidément sans scrupule ? A votre avis ? J’ai évidemment le mien. En fait, tandis qu’il partait pour Abou Dhabi, Franky Vercauteren, contrairement aux apparences, ne rendait pas son tablier : il le conservait !        

 

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