Jovanovic, le bras armé de la bêtise

Par Dominique le 30 août 2011

Que retenir de la manière dont l’attaquant du Sporting d’Anderlecht a fêté le but qu’il marqua dimanche, à Bruges, sinon que le pire danger qui guette le footballeur n’est pas la blessure mais l’aliénation mentale ?


Et si, en dépit des apparences, Milan Jovanovic était un fin psychologue ? Pas du genre prêchi-prêcha, ni hautes envolées lyriques, maximes ou sentences, mais plutôt du style démonstratif, titillé par le goût pour la provocation. Je dirais même : la démesure. Il en va ainsi de la façon tout en excès – je préciserais même : tout en outrance – avec laquelle le nouvel attaquant du Sporting d’Anderlecht a fêté ce but qui, dimanche, évita aux Bruxellois de rentrer bredouilles de leur déplacement au Club Brugeois. Les deux poings serrés, un bras placé devant l’autre, Milan Jovanovic mima en direction des tribunes de l’Olympiapark la position de l’artilleur fou visant au jugé, en rafales, une foule passant à portée de tir. Inadmissible ? Le mot est faible. Inqualifiable ? Je ne suis pas loin de le penser. Dans cette posture qui consistait, pour lui, à devenir le bras armé du Sporting d’Anderlecht, une main de fer déclenchant un déluge de plomb, le joueur serbe réduisit en miettes, dynamita, fit exploser, dézingua à tout-va ce jugement selon lequel le pire danger qui guette le footballeur est la blessure physique. Il s’agirait plutôt de l’aliénation mentale. Milan Jovanovic a donc recadré le débat à sa manière. Tiens, au fait : que reste-t-il du sport dans le sport ? Rien ! On humilie. On n’est plus élégant dans la défaite. On ne l’est pas davantage dans le succès. On tend l’oreille pour récolter encore plus d’applaudissements. On se moque du silence des supporters adverses en se collant un doigt (le majeur ?) sur les lèvres. On désigne son dos avec ses pouces pour signifier que le nom de celui qui est inscrit sur le maillot est bel et bien celui du plus fort. Déchaînement d’égocentrisme. Vous en doutez ? Vous avez tort. Grâce à Milan Jovanovic, la preuve est faite. A propos : et si ce simulacre d’exécution effectué par le Serbe à l’intention du public brugeois influençait l’imaginaire de nos chères petites têtes blondes appelées bientôt, sous un préau d’école ou dans une cour de récréation, à rejouer ce Club – Anderlecht de dimanche ? Si je vous le demande, c’est que je me suis moi-même posé la question en observant, stupéfait, la scène. Milan Jovanovic, le clown cloné. Pathétique. Car tous les clowns ne sont pas forcément amusants. Il en est même des tristes, dont l’humour – du moins, ils appellent ça comme ça – se dissout en un brouet qui vous reste sur l’estomac. Dur à avaler. Sauf si… Sauf si, se tenant à la lisière de la confusion comme il aime tant se tenir en embuscade aux abords des rectangles, Milan Jovanovic avait éprouvé ce week-end le besoin de transmettre un message clair, limpide, dépourvu de toute ambiguïté. Revoici le fin psychologue. Là, je ne vous parle plus de confondre un coupable, porteur d’un mauvais esprit, auteur d’un geste idiot, mais bien de me confondre en excuses auprès de quelqu’un qui, dès lors, a voulu profiter de sa notoriété afin de conférer un vrai sens à son attitude, clamant à l’intention de notre progéniture admirative : « Surtout, ne faites jamais cela ! C’est mal. Respectez plutôt l’autre. » C’est beau de rêver, non ?

Dominique   

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