Un jour de lessive, à Saint-Trond...

Par Dominique le 06 septembre 2011

Il est de ces présidents que le football belge traîne comme un vieux bagage encombrant dont on ne sait plus que faire. Sinon en rire ? Benoît Morenne fait-il déjà partie du lot, lui qui vient à peine de s’asseoir dans le fauteuil qu’occupait Roland Duchâtelet au Staaienveld ? Ce n’est pas impossible…


La girouette est une espèce plutôt bien représentée au sein de notre football. Elle est composée de tous ces dirigeants dont l’art consiste à afficher sans vergogne la flexibilité de leurs pensées, disant tout un jour, affirmant le contraire le lendemain. Cette catégorie d’individus se retourne aussi aisément qu’un gant. Prenez Benoît Morenne. Ce nom ne vous dit rien ? Cela ne m’étonne pas. Je ne le connaissais pas non plus avant que j’apprenne qu’il s’agissait du successeur de Roland Duchâtelet à Saint-Trond. Benoît Morenne est officiellement le président du club limbourgeois depuis la mi-juillet. Attention ! Il ne s’agit pas de n’importe quel président, pas l’un de ceux qui ont hérité de leur charge en raison d’une quelconque parenté avec leur prédécesseur et dont ils maudissent secrètement la mémoire sous prétexte que la pratique du golf, par exemple, conviendrait mieux à une conscience plus bucolique. Benoît Morenne n’est pas davantage un président à la limite de la paranoïa, qui soumet chacun de ses collaborateurs à la loi d’airain du pouvoir suprême – le sien en l’occurrence – parce qu’il possèderait, à l’instar de tant d’autres parmi ses homologues de division 1 ou d’ailleurs, la science infuse. Au contraire ! En partant à la découverte du Trudonnaire au travers des interviews qu’il accorda au moment de sa nomination, j’ai plutôt eu le sentiment que Benoît Morenne serait un président anonyme, au discours convenu, à la personnalité fade et qu’avec lui, placé sous la tutelle de l’unique président appointé de Belgique, Saint-Trond opérerait plus un retour vers l’arrière qu’il n’effectuerait une progression vers l’avant. J’aurais dû me méfier. Et pour cause ! Car en dépit des apparences, qui laissaient également penser que Benoît Morenne n’était finalement qu’une docile création administrative de Roland Duchâtelet – l’Union belge s’est récemment interrogée sur la nature exacte des relations entre l’ancien et le nouveau –, le gaillard a décidé de sculpter sa statue de petit seigneur féodal sur le socle d’une liberté d’action dont son entraîneur, le dénommé Guido Brepoels, fut, fin août, la première victime. En limogeant le Limbourgeois, qu’il a remplacé par Franky Van der Elst élégamment piqué à Lommel, Benoît Morenne entend ainsi prouver que l’autorité est une chose dont il n’hésitera pas à user si les circonstances l’exigent. Or, pour Saint-Trond, auteur d’un début de saison catastrophique, c’est le cas. Son président, qui considère qu’une participation régulière des Limbourgeois à la Coupe d’Europe doit « servir de détonateur au décollage du club » - je cite « Het Nieuwsblad », 14 juillet 2011 – et qui compare Saint-Trond à la formation espagnole du Villareal – même source –, a donc souhaité démontrer qu’il imposerait radicalement ses vues dès qu’un grain de sable viendrait gripper le mécanisme de son nouveau jouet. Or, à ses yeux, pour Saint-Trond, ce maigre point récolté sur les quinze unités jusqu’à présent mises en jeu reflète l’ampleur d’un malaise ambiant. Désigné du doigt, Guido Brepoels s’est vu montrer la porte. Dès lors, vous avez compris qu’avec Benoît Morenne, ça ne rigole pas. Enfin, si. Un peu. Tout de même ! Car ce qui est intéressant avec lui ne réside pas dans le fait qu’il vient de virer son entraîneur. C’est devenu tellement commun. Ce qui est amusant dans ce choix, c’est qu’il intervient suite à toute une série de déclarations louant sans aucune mesure les capacités professionnelles de Guido Brepoels. Je cite encore Benoît Morenne : « Avec Guido Brepoels, Saint-Trond possède le meilleur coach de Belgique » (13 juillet) – « Ce type est un artiste. Il me fait songer à Alex Ferguson en personne » (15 juillet) – « Guido Brepoels est unique » (9 août, au surlendemain de la spectaculaire remontée des Limbourgeois, en championnat, contre le Club Brugeois) – « Que nous soyons très satisfaits du travail de Guido Brepoels est de notoriété publique. Nous voulons continuer à effectuer un bout de chemin en sa compagnie » (13 août, à propos d’une possible prolongation de contrat du Limbourgeois) – « Si, jamais, nous nous trouvons en difficultés, Guido Brepoels pourra compter sur mon soutien » (16 août). Deux semaines plus tard, Benoît Morenne sacrifiait le « fils prodige ». Jour de lessive à Saint-Trond. Subitement, Guido Brepoels avait perdu tous ses dons. Il ne ressuscitait plus les morts. Il ne multipliait plus les pains ni les poissons. Il ne faisait plus couler le vin à flots alors que les tonneaux étaient vides. Les grabataires ne se relevaient plus de leur lit de douleurs pour célébrer ses victoires. Bref ! Quinze jours après avoir jugé Guido Brepoels indispensable, Benoît Morenne se déjugeait, présentant l’intéressé pour un tenant d’un repli passéiste, lui qui, pourtant, n’a jamais eu de cesse de faire grandir Saint-Trond depuis son arrivée, en 2008. Comprenne qui pourra. Je ne m’en mêlerai pas. Je constate simplement que la nouvelle girouette qui a été installée au Staaienveld n’a pas fini de tourner !

Dominique     

12:35 Écrit par Dominique dans Jupiler Pro League | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

Les commentaires sont fermés.