11-Septembre et septième ciel...

Par Dominique le 12 septembre 2011 - 1 commentaire

Le 11 septembre 2001, je me trouvais à Moscou avec le Sporting d’Anderlecht pour un match de Ligue des Champions. Tandis que le monde basculait dans l’horreur, plusieurs joueurs bruxellois passèrent leur nuit en se persuadant qu’il ne s’agissait là, somme toute, que d’une… bagatelle !


Chacun a son histoire personnelle concernant la journée du 11-Septembre. J’entends par là que rares sont ceux, ou celles qui ignorent où ils étaient, ce qu’ils faisaient le jour où des fous furieux envoyèrent deux avions s’encastrer dans des gratte-ciel new yorkais. Moi, j’étais à Moscou. J’accompagnais le Sporting d’Anderlecht dans le cadre d’un match comptant pour le premier tour de la Ligue des Champions. Les Bruxellois avaient été versés dans le groupe A de cette phase de décantage, avec l’AS Roma, le Real Madrid et, donc, le Lokomotiv Moscou. Le matin, j’avais visité le Kremlin, un endroit fascinant, dissimulant derrière ses hautes murailles qui surplombent la place Rouge un univers de mystères, d’intrigues, d’excès dont j’avais, je l’avoue, éprouvé énormément de peine à me détacher pour honorer, à l’heure du déjeuner, un rendez-vous convenu longtemps à l’avance avec Roger Vanden Stock. Je me souviens dix ans plus tard de ce regard noir qui guettait mon arrivée dans le hall de l’hôtel où nous étions descendus, de ce ton de reproches sur mon retard, de ces excuses dont le président du Sporting d’Anderlecht n’avait visiblement que faire alors que je lui parlais des décors fastueux du palais Térème ou des merveilles conservées dans le palais des Armures. Le repas fut expédié. Les confidences, si tant est qu’il fut jamais question que Roger Vanden Stock ait eu l’intention de m’en faire à cette occasion, étaient reportées à une date ultérieure. Qu’importe ! Car, ce 11 septembre 2001, l’essentiel n’était pas là. Pas plus qu’il ne le fut, du reste, dans ce partage (1-1) obtenu en fin d’après-midi par le Sporting d’Anderlecht face au Lokomotiv Moscou. Ce 11 septembre 2001, l’essentiel résida dans ce qui se produisit avant la rencontre, lorsque deux avions s’écrasèrent en plein centre de New York. Je nous vois encore tous, journalistes et dirigeants, montant dans le bus devant nous conduire au stade. Nous étions sonnés, sous le choc de ce que nous venions d’apprendre. Tout au long du trajet, personne ne parla, sinon pour répondre aux téléphones dont le bourdonnement incessant et impatient nous ramenait à la réalité d’un événement qui, à mes yeux, n’en était plus un : un match de Ligue des Champions ! L’Uefa faillit reporter celui-ci par respect pour les victimes de ce qui était devenu l’attentat du World Trade Center. J’admets qu’elle m’aurait bien arrangé, cette remise. J’avais la tête ailleurs, comme si j’étais atteint par une espèce de syndrome de déconcentration qui me toucha de plein fouet tandis que je ressentais une profonde incapacité à prendre la mesure d’un tel acte de terrorisme. Pour moi, plus rien d’autre ne comptait. Mon rédacteur en chef, qui exigeait que je rédige sur le champ un article décrivant l’ambiance qui régnait à Moscou ? Je lui ai tout simplement dit d’aller se faire voir ! Je me foutais du tiers comme du quart de ce que les Russes pouvaient penser de ce qui avait eu lieu à New York. Ils s’en foutaient également. L’apitoiement des Moscovites se mesura à l’aune de ces « Fuck Off, America », et des applaudissements qui s’ensuivirent montant des tribunes d’un stade où, par décence, une minute de silence avait été décrétée. La foule s’emparait d’une tragédie et la tournait en dérision. Lamentable. « Fuck Off, America ». J’entends ce cri jailli sur ma droite, ces trois mots blasphématoires et les manifestations d’approbation qui les saluèrent. Enième réminiscence d’un contentieux existant entre deux nations, l’une se réjouissant du malheur de l’autre. Quant à cette fameuse rencontre entre le Lokomotiv Moscou et Anderlecht ? Je n’en garde aucun souvenir. Je suis là, en train de m’installer à la place qui m’a été attribuée. J’attends que la partie débute. Mais, surtout, j’attends qu’elle s’achève. Mon regard est fixe, embué. Je ne capte rien, sinon la réaction de tel ou tel confrère lançant à la cantonade une information reçue de Bruxelles et censée nous éclairer sur la tournure prise par le drame de Manhattan. Mon papier ? Un compte-rendu mécanique, froid. J’étais loin, tellement loin de la frénésie qui, au même moment, s’était emparée de mon journal, où l’aspect excitant de ce qui se passait à New York depuis le début de l’après-midi se traduirait par des chiffres de vente exceptionnels du titre du lendemain. Dans certains cas, pragmatisme et affliction font bon ménage. Enfin ! Je ne vais pas cracher dans la soupe. Elle m’a nourri pendant tellement d’années que cela serait malvenu de ma part. La suite, et fin de ce 11 septembre 2001 à Moscou ? La voici. De retour à mon hôtel, je me suis enfermé dans ma chambre, zappant d’une chaîne de télévision à l’autre. Je tenais absolument à comprendre pour quelle raison... Puis, on a frappé à la porte. J’ai ouvert, laissant entrer cinq joueurs du Sporting d’Anderlecht. Sous prétexte qu’ils croyaient que je connaissais Moscou – ce qui est faux – pour y avoir effectué plusieurs séjours – ce qui était vrai –, ils désiraient que je les conseille à propos d’un endroit où s’amuser un peu. Appelons ça comme ça. Vu ce qu’ils avaient dans l’idée, je leur ai suggéré d’aller dans une boîte de nuit réputée pour son arrivage régulier en chair fraîche et en pouliches polissonnes. Je le sais. Je m’y suis moi-même rendu. J’ai, je l’admets, écrit de meilleurs papiers que ce « Night Fly », du nom de ce boxon d’abattage où j’envoyai, le pantalon déjà sur les chevilles, mes cinq joyeux drilles. Ceux-là entendaient aussi mettre le monde cul par-dessus tête. Décidément ! Quelle manie ! Toutefois, ils avaient veillé au préalable à ce que leurs victimes consentent à subir leurs attaques. Furent-ils alors meilleurs en passes qu’ils l’avaient été quelques heures plus tôt ? Je ne leur ai pas demandé. Compte tenu des circonstances, se débraguetter pour une étreinte tarifée me semblait tellement incongru…

Dominique             

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Écrit par : Paulo | 15 septembre 2011

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