Je rappelle à Alain Courtois...

Par Dominique le 21 septembre 2011

Il fut un temps où le supposé homme fort de la candidature belgo-hollandaise pour l’organisation de la Coupe du Monde 2018 multipliait les interventions et en appelait à la raison (d’Etat ?) afin que la Belgique se dote, enfin, de stades modernes et confortables. Pourquoi se tait-il aujourd’hui ?


Je m’en souviens comme si c’était hier. D’ailleurs, c’était hier. Pensez ! Le 2 décembre 2010, ce n’est pas si loin. Ce jour-là, quand il apprit que la Fifa ne tiendrait pas compte de la proposition émise par la Belgique d’organiser la Coupe du Monde en 2018, Alain Courtois affirma ceci : « En dépit de cet échec, s’il y a bien un dossier que je ne lâcherai pas, que je ne lâcherai jamais, c’est celui des stades. Le football belge a besoin de toute urgence d’installations dignes de ce nom. Je me battrai jusqu’au bout pour cela. » L’homme dont je vous parle ici n’aime rien tant que d’avancer avec les totales coudées franches dès lors qu’il s’agit de faire marcher ses cordes vocales. Une façon comme une autre de dire qu’Alain Courtois « lance tellement d’idées en l’air qu’au bout du compte, il en rattrape rarement une. » C’est, en tout cas, ce qui se raconte sur lui. Et ce n’est pas faux. Alain Courtois, prétend-on encore, adore présenter des rondelles de naphtaline pour des bonbons à la menthe. Il est le roi des tours de passe-passe. Qu’il exécute à la vitesse d’une fermeture Eclair. Zip ! Et ça y est. Du grand art. Je puis vous l’assurer. A une époque, j’en ai fait moi-même l’expérience. A une époque aussi, Alain Courtois m’avait fait part de son intention de récupérer un jour la coquille, préalablement vidée s’entend, du Palais de Justice de Bruxelles pour faire de l’endroit un musée d’art moderne, sorte de pendant du Musée Guggenheim de Bilbao qu’il apprécie beaucoup. Il ne lui aurait pas déplu de reproduire ce concept en plein centre de la capitale. « Ce que je me fais fort d’obtenir avant de prendre ma retraite », avait-t-il annoncé (« La Libre Belgique » – 24 octobre 2009). Depuis ? L’idée a fait du chemin. Et si, selon toute vraisemblance, elle ne se concrétisera pas du côté de la Place Poelaert, haut lieu de la magistrature, il y a de grandes chances toutefois qu’à force de se planter, elle finira bien par pousser quelque part. C’est la même chose pour les stades. Enfin, je l’espère. Car de bricolages ébouriffants en improvisations savonneuses, on ne sait plus très bien où en est ce programme de relooking globalisé. Le Heysel ? Les élections communales approchant à grands pas, les opinions et les déclarations sur le sujet vont fuser, expédiées à la manière d’un tir de mitrailleuse lourde dans une vitrine de porcelaines de Limoges. Tout sera bon pour que le commerce des voix rapporte. Et on oubliera évidemment de rendre la monnaie. En politique, il n’y a pas de petits profits. Anderlecht ? Si les Bruxellois ont tout récemment investi des sommes considérables dans le rafraîchissement intérieur des quatre tribunes du Parc Astrid, c’est bien parce qu’ils comptent leur adjoindre, comme cela était prévu, un étage supplémentaire. Mais quand ? On parle de juin 2014. Le Standard ? Ce sera du saupoudrage se réclamant du minimum requis, notamment pour être en phase avec le cahier des charges imposé par l’Uefa en cas de participation européenne. Le Racing Genk ? Aux dernières nouvelles, il ne se passera rien avant cinq bonnes années. L’éventualité d’augmenter la capacité de l’enceinte limbourgeoise de vingt-cinq mille à trente-deux mille places a été reportée. A Gand, on avance doucement mais sûrement. C’est même là où tout se déroule le mieux. Mais à Bruges, on recule. Il y a peu, les Flandriens ont eu la désagréable surprise d’apprendre que le Conseil d’Etat émettait de sérieuses réserves à propos du projet de « La Chartreuse », censé officialiser le départ du Club de l’Olympiapark. En homme d’affaires avisé, Bart Verhaeghe, son président, qui, à titre professionnel, vient également d’essuyer un refus au sujet de l’implantation à Machelen d’un vaste complexe multifonctionnel de 190.000 mètres carrés, a plutôt mal encaissé le coup. Dès sa prise de fonctions, Bart Verhaeghe avait rapidement mesuré l’importance de l’enjeu : les équipes qui, d’ici cinq ans, ne disposeront pas d’un stade moderne leur garantissant des ressources complémentaires appréciables seront condamnées à rester à l’âge de la pierre. Parce que leur économie demeurera trop dépendante de rentrées dont on mesure déjà, actuellement, les limites. Prenez le Beerschot et l’Antwerp ! Priés de s’entendre sur l’occupation conjointe de nouvelles installations en échange d’une subvention de 50 millions d’euros octroyée par la Ville, l’un et l’autre ne cessent, pourtant, de tergiverser. Entre un moribond, le club de Deurne, et un grabataire, le voisin du Kiel, Anvers semble avoir pris conscience que son football se délite à la vitesse de la lumière. Un futur macchabée. Corps parfait autrefois. Décharné aujourd’hui. Son âme déjà pratiquement momifiée en dépit de cette promesse de résurrection tenant dans quelques briques. Or, depuis le temps que cela dure, entre définir à hauteur de quels montants le Beerschot et l’Antwerp complèteront la mise de fonds effectuée par la Ville, qui se chargera de l’exploitation du site et sur quelles bases seront réparties les rentrées générées, le cours de l’Escaut oscille. Perplexité et louvoiement. Oui ! Depuis le temps que cela dure… Un sacré bail. Presqu’un mandat de… sénateur. Au fait ! Ne serait-il pas opportun que je rappelle à Alain Courtois sa promesse ? Elle tient en quelques mots : « Le football belge a besoin d’installations dignes de ce nom. C’est un dossier que je ne lâcherai pas, que je ne lâcherai jamais. » Tandis que j’achève de rédiger ces quelques lignes, un étrange rictus apparaît sur mon visage et remonte se coincer non loin de mon oreille. Il s’accompagne d’un haussement d’épaules. Les larmes ne sont pas loin. Elles ne serviront même pas à noyer le poisson : c’est fait !

Dominique      

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