"Prends moi, Georges : j'ai envie !"

Par Dominique le 30 septembre 2011 - 1 commentaire

J’imagine les réactions que l’attitude de Silvio Proto et de Jelle Van Damme susciterait en Espagne, en Italie ou en Angleterre. L’un et l’autre ne veulent plus de ce rôle de doublure en équipe nationale. Dès lors, il serait logique que celle-ci ne veuille plus d’eux non plus. Définitivement, j’entends. Vous ne trouvez pas ?


Je vais encore passer pour un grincheux, le type jamais content. D’ailleurs, je suis sûr que vous allez m’en vouloir de gâcher ainsi votre plaisir causé par cette fin de semaine euphorique que vient de vivre le football belge au travers de la victoire de ses trois clubs en Europa Ligue (arrêtons une fois pour toutes avec le Racing Genk, qui n’a pas sa place en Ligue des Champions). Mais, bon ! C’est comme ça ! Je suis contrarié. Ce qui m’a mis de mauvaise humeur ? La liste des vingt-quatre joueurs retenus par Georges Leekens dans l’optique du double rendez-vous, capital, que les Diables Rouges honoreront face au Kazakhstan, dans une semaine à Bruxelles, puis contre l’Allemagne, le 11 octobre, à Düsseldorf. La blessure encourue par Jean-François Gillet ouvrait toute grande la porte à un retour de Silvio Proto : à nouveau déterminant avec Anderlecht face au Lokomotiv Moscou quelques heures après que Georges Leekens ait annoncé officiellement qu’il lui préférait le Malinois Olivier Renard, le gardien bruxellois n’aidera pas ses partenaires de sélection à se hisser au-dessus d’eux-mêmes et à aller au bout de la démarche qu’ils n’ont pas faite contre l’Autriche, face à la Turquie et en Azerbaïdjan. Silvio Proto a choisi de suivre les deux prochaines rencontres des Diables Rouges en famille, depuis son sofa. Peut-être invitera-t-il Jelle Van Damme à s’installer à côté de lui ? Qui sait ? Son ancien camarade de club n’a, semble-t-il, pas pris, lui non plus, la mesure de l’importance de la tâche à laquelle la Belgique est aujourd’hui confrontée, pour peu, naturellement, qu’elle veuille toujours conserver une chance de participer à l’Euro 2012. Silvio Proto et Jelle Van Damme ont jugé bon de rappeler à Georges Leekens que la vie et le destin des Diables Rouges ne les intéressaient pas tandis que lui-même avait cru utile par le passé de ne pas s’intéresser aux leurs. En clair ? Le duo a prié l’entraîneur fédéral d’aller se faire voir dès l’instant où ce dernier n’était pas en mesure de garantir à l’un et à l’autre qu’ils joueraient contre le Kazakhstan et face à l’Allemagne. Scandaleux ! Je suis assuré de ma place ? Je viens. Je risque de me retrouver sur le banc ? Je préfère demeurer au chaud, à la maison, à câliner bobonne sous la couette après avoir sorti le chien et mis le gamin au lit. Ahurissant ? Ô combien ! Evidemment, ça a communiqué à plein tube entre Georges Leekens et les deux mutins. Sans aucun doute, le premier a-t-il cherché à faire changer d’avis Silvio Proto et Jelle Van Damme. « Laisse-nous tranquille », lui ont-ils répondu. « Tu crois que nous sommes à ta disposition parce que tu l’as décidé. Tu te trompes. Tu es persuadé que tu vas nous convaincre sous prétexte que l’intérêt du football belge est en jeu. Mais on n’en a rien à foutre, de l’intérêt, même majeur, du football belge. Et à propos de majeur, tu le vois, celui qu’on t’adresse, bien droit, pointé vers le haut… » Voilà, à peu près, décrypté, ce qu’ils ont dit, les deux rebelles, à Georges Leekens. Ah ça ! Ils n’ont pas mâché leurs mots, plaçant ce qui leur restait d’un vague sentiment de patriotisme sur le bûcher d’une vanité totalement inopportune compte tenu des circonstances : alors que l’union sacrée est clairement revendiquée en ces temps incertains pour les Diables Rouges, Silvio Proto et Jelle Van Damme ont préféré transformer celle-ci en un lieu commun grotesque. Passons ? Pas du tout ! J’imagine les réactions qu’une telle attitude susciterait en Espagne, en Italie, en France ou encore en Angleterre. Jamais, l’opinion publique n’avalerait ça, partant du principe, fondé, qu’un sportif accompli est une préfiguration du citoyen idéal. La fierté du maillot ? L’honneur du pays ? Tout cela va de pair, au même titre que le talent pur, la vigueur physique et l’intelligence tactique. C’est parfaitement cohérent. Enfin ! Pas pour tout le monde, apparemment. « Pas prêts », a révélé Georges Leekens. « Silvio Proto et Jelle Van Damme m’ont avoué qu’ils n’étaient pas prêts mentalement » à faire tout ce qu’il faut pour aider la Belgique à se qualifier pour le prochain championnat d’Europe des Nations. Et vous ? Vous êtes heureux tous les jours dans votre travail ? Vous êtes… prêt à subir les sautes d’humeur d’un chef de service qui vous casse les pieds pour un oui – pour un non, ou à vous accommoder de la veulerie d’un collègue de bureau qui a décidé de vous pourrir la vie afin que sa petite existence en soit améliorée ? Eh non ! Comme moi, vous n’êtes parfois « pas prêt mentalement » à assumer toutes ces contrariétés quotidiennes. Mais, comme moi, vous faites le dos rond. Parce que vous n’avez pas le choix. Chers petits anges, vous qui croyez encore aux valeurs morales du sport, ne lisez pas les quelques lignes qui vont suivre, où j’explique que Georges Leekens s’est rangé aux arguments des deux récalcitrants, assurant qu’il ne leur tiendrait pas grief de leur comportement et qu’a fortiori, « ils demeurent disponibles à l’avenir pour l’équipe nationale ». On croit rêver. Georges Leekens cautionne. Il serait disposé à passer l’éponge. Le voilà, décidément au sommet de sa forme, qui ajoute : « Silvio Proto et Jelle Van Damme savent que je ne les oublierai pas ». Eh bien, si Georges ! Oublie-les ! Pour de bon. Depuis ta nomination à ce poste, fais quelque chose d’intelligent. Pour une fois. Fini, Proto. Terminé, Van Damme. Et puis, tant que tu y es, prends-moi, Georges ! J’ai très envie. De bomber le torse, de serrer les dents, d’écarquiller des yeux de dingue en direction de nos adversaires, d’être fier de mes testicules que réveillent deux lourdes, très lourdes échéances. Moi, je n’afficherai aucun état d’âme s’il s’agit de permettre aux Diables Rouges d’émasculer le Kazakh et de dépiauter le Teuton prétendument flingueur. Moi, je suis prêt. A tout. Même à prendre place près de toi, sur un banc de touche si tu le souhaites. Tu mesures, j’espère, ce que cette proximité représente pour moi : un terrible sacrifice !        

Dominique

13:21 Écrit par Dominique dans Diables Rouges | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

Commentaires

Tant que les medias assimileront la "gloire" d'un peuple à la puissance d'un tir au but, l'humanité continuera à végèter dans sa médiocrité. N'y a-t-il donc aucune valeur plus pertinente ? Bien à vous

Écrit par : gibs | 30 septembre 2011

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