Diables, rouge pâle ou flamboyant ?

Par Dominique le 11 octobre 2011

Comment faire pour que cette génération, prétendument si douée qui porte aujourd’hui le maillot des Diables Rouges, franchisse enfin cette ligne de démarcation qui sépare une tradition de déceptions savamment entretenue et cette gloire à laquelle elle semble promise ? Et si les joueurs eux-mêmes prenaient en main leur destin, enfin débarrassés de toute mauvaise influence, enfin émancipés ?


Donc, le défi que la Belgique va devoir relever tout à l’heure, sur la pelouse de l’Esprit Arena de Düsseldorf, est… « kolossal ». On connaît les forces de son rival. Il les a affichées au long du parcours – un sans-faute – qu’il a réalisé jusqu’à présent. Il en a encore fait la démonstration vendredi, s’imposant avec sérieux et brio en Turquie, un déplacement a priori délicat mais que cette équipe d’Allemagne n’en a pas moins négocié d’une manière très convaincante, trois buts à la clé assortis d’une impression d’aisance, d’une aptitude à opérer souvent les meilleurs choix et d’autres signes de bonne santé qu’en tant que spectateur attentif de cette rencontre, je qualifierais de déconcertants. Cette façon de se projeter aussi vite vers l’avant, dont l’Allemagne fait preuve en bénéficiant d’un premier relanceur de choix en la personne de son gardien Manuel Neuer (ses dégagements au pied peuvent être meurtriers), contraste singulièrement avec les difficultés que les Diables Rouges ont éprouvées pour se mettre en position d’inquiéter une formation du Kazakhstan à l’inspiration périmée, collée à sa surface de réparation comme un cancre à son radiateur, à peine son mais certainement pas lumière. Le succès remporté par les Belges, conjugué à la défaite subie au même moment par la Turquie devant l’Allemagne, établit leur légitimité à revendiquer d’ici quelques mois une place parmi les meilleurs d’Europe, mais il ne détermine pas pour autant leur capacité à l’obtenir. En ce sens, les résultats de ce soir, liés à ceux d’aléatoires barrages, seront décisifs. Je n’apprends rien à personne. Placés au pied du mur alors qu’ils auraient pu avoir déjà franchi l’obstacle – je n’apprends non plus rien à personne –, les Diables Rouges se préparent à un combat frontal que je décrirais, si j’étais lyrique, empli d’une fureur antique. Mais, bon ! Lyrique, je ne le suis pas. Je suis plutôt pragmatique. D’où cette question, primordiale vu le contexte : à défaut de faire cavaler plus que de raison une défense allemande qui est d’un autre tonneau que les lignes arrières kazakhes, sur qui la Belgique va-t-elle bien pouvoir compter pour tenir le rythme de cette oppressante ambition qui l’anime à nouveau depuis vendredi ? Sur l’Azerbaïdjan, ai-je cru bon de suggérer dans mon blog d’hier ? Que n’ai-je pas entendu à ce sujet ! Je maintiens mes propos. A défaut de voir l’espoir se concrétiser à Düsseldorf, l’espérance pourrait bien naître à Istanbul, par le biais d’une victoire azérie en territoire turc. Bon ! Et sur qui d’autre ? Sur Georges Leekens ? Lui ? Pourquoi pas ? Tant qu’à faire ! Comme un célèbre peintre américain le déclara un jour concernant chacun et n’importe qui, pourquoi Georges Leekens n’aurait-il pas droit également à « ses quinze minutes de gloire » ? Ne le mériterait-il pas, ce petit quart d’heure d’exposition médiatique intense, pour son obstination, quasi vaine pourtant, à vouloir coûte que coûte sortir du fossé le camion dont le volant lui a été confié à un carrefour réputé, je l’admets, dangereux ? Si vous voulez… Tiens ! Aurais-je changé d’opinion sur le bonhomme en fonction d’un éventuel retournement de situation qui serait favorable à la Belgique ? Nullement ! Je persiste à affirmer que si les Diables Rouges ont « balafré » cette phase éliminatoire à l’Euro 2012, c’est parce qu’ils ont été mal guidés. Parfois, il m’arrivait même de me demander si le message que Georges Leekens adressait à ses joueurs leur parvenait sans brouillage. Exemple ? Le premier à me venir à l’esprit est aussi le dernier en date : le Kazakhstan. Le sélectionneur fédéral avait insisté afin que son équipe marque le plus rapidement possible, histoire de vivre une soirée tranquille, genre répétition idéale avant Düsseldorf. Bref : l’homme à l’écharpe jaune désirait que les Diables Rouges en fassent voir de toutes les couleurs à leur sparring-partner, et, surtout, qu’ils le battent joyeusement. Ces louables intentions débouchèrent sur quarante-cinq premières minutes dont je ne garde pas personnellement un grand souvenir. La farandole offensive escomptée fit place nette à un spectacle intermittent, dont le niveau fut relevé par deux buts tombés très tardivement, et deux autres inscrits par une formation qui passa la moitié de son temps à se chercher et l’autre moitié, à tenter de se trouver. J’en viens à ceci : depuis le début de cette campagne qualificative, la sélection nationale présente des garanties beaucoup trop irrégulières, voire bancales, pour que celui qui est le dépositaire du jeu, le garant si vous préférez, ne soit pas appelé, tôt ou tard, à rendre des comptes. L’instant est-il bien choisi pour lui en demander, à quelques heures de ce rendez-vous capital, en Allemagne ? Voilà des mois que je tire la sonnette d’alarme. Une fois de plus ou une fois de moins… D’autre part, je suis convaincu que ce groupe ne progressera que lorsqu’il aura choisi de laisser définitivement le fantomatique projet de jeu prôné par Georges Leekens à l’état de projet, bref lorsqu’il se recentrera sur lui-même et sur ses qualités propres. Ne serait-il pas de taille ? Manquerait-il d’audace ? Ou de confiance ? S’il n’essaye pas… Qu’il risque le tout pour le tout ! Düsseldorf ? L’opportunité est belle. Dès lors, que Vincent Kompany et Marouane Fellaini apportent à leurs partenaires cette hargne, cette brutalité, ce caractère qui font qu’ils excellent dans le championnat d’Angleterre. Qu’Axel Witsel se dresse sur ses ergots, lui qui est capable comme personne de travailler le mouvement de son buste et de ses épaules pour faire mal à l’adversaire. Qu’Eden Hazard nous régale de ces fulgurances qui illuminent les rencontres auxquelles il participe avec Lille. Que Timmy Simons nous prouve qu’il a encore gagné en savoir-faire depuis qu’il évolue au FC Nuremberg. Que les autres, Simon Mignolet, Moussa Dembélé, Nicolas Lombaerts, Marvin Ogunjimi ou Jan Vertonghen s’expriment aussi, pour confirmer leur faculté de rassembler et leur désir d’unir. Bref : qu’en vue de ce quitte ou double, que tous ceux-là s’emparent des clés du camion et l’extraient eux-mêmes de l’ornière. Sinon ? Eh bien, je crains qu’il faudra suivre de près ce qui se passe à Istanbul entre la Turquie et l’Azerbaïdjan pour éventuellement surseoir à une énième désillusion. Qui, du reste, en appellera d’autres aussi longtemps qu’on n’aura pas retiré son permis au chauffeur actuel…

Dominique   

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