Jelle Van Damme sonne l'alarme

Par Dominique le 18 octobre 2011

Le capitaine du Standard s’est fait fort de rappeler le club liégeois à son devoir !


De tout ce que j’ai pu lire dans la presse ce week-end, en prélude à la dixième journée de championnat, un avis m’aura le plus frappé. C’est Jelle Van Damme qui l’a formulé. Soucieux de s’échapper du contexte très restrictif des interviews qu’il avait accordées à divers journaux dans le cadre du déplacement de son équipe au stade Constant Vanden Stock, le capitaine du Standard n’avait pu cacher son émotion à propos de l’annonce des pertes d’emplois qui venaient de frapper si durement le bassin sidérurgique liégeois. « La manière dont Arcelor Mittal se comporte est inacceptable », affirmait en substance Jelle Van Damme. « Tous ces gens que l’on jette à la rue méritent notre soutien. Comment pourrions-nous les aider concrètement ? Je l’ignore. En tout cas, la question doit être posée. Et elle appelle peut-être une réponse de la part du Standard. » Cette dénonciation puissante des ravages de l’ultralibéralisme effectuée par Jelle Van Damme m’a, je l'avoue, étonné. On est loin des caprices d’enfant gâté du même, qui, il y a peu, refusa de prétendre à une sélection chez les Diables Rouges sous prétexte qu’il courait alors le risque de devoir s’asseoir sur le banc. Nous voilà à mille lieues de ces postures volontiers prises par les footballeurs en particulier, les sportifs de haut niveau en général, qui donnent toujours l’impression d’être mis sous cloche, de vivre dans un monde organisé autour d’eux, en fonction de leurs moindres désirs, qui, pour quelques-uns, ne supportent ni ordre ni remontrance, qui, une fois l’entraînement fini et le match terminé, tirent le rideau doré derrière lequel ils s’extasient sur leur dernier tatouage ou leur énième bolide. La plupart affichent le même penchant égocentrique. Leur musculature développe la même propension à séduire les midinettes au cœur tendre et au cerveau atrophié. L’attitude de certains d’entre eux aurait probablement passionné ce bon vieux Docteur Freud. Un univers de faux-semblants, de cupidité, rendu possible depuis le fameux Arrêt Bosman qui créa ce royaume du fric, des agents – véreux pour quelques-uns – et de la mafia aussi. Pour mettre de l’ordre dans tout ça – là, j’ouvre une parenthèse et je schématise –, l’Uefa compte instaurer un fair-play financier. Elle en a confié la mise en application à Jean-Luc Dehaene, vous savez le même qui, il y a peu, a démissionné du poste-clé qu’il occupait chez Dexia… Engageante perspective. Sublime paradoxe. Mais je m’égare. A tout le moins, je m’éloigne du coup de gueule poussé par Jelle Van Damme. Personnellement, j’aimerais qu’il soit suivi d’effets. Notez qu’il a déjà reçu une réponse de la part du Standard, concerné, selon son joueur, au premier chef. Je l’ai lue dans « Le Soir ». Il y était écrit que « le club n’entreprendra dans l’immédiat aucune action de peur que ce soit mal interprété ». Mal interprété ? Mais comment ça ? Jelle Van Damme parle de solidarité à l’heure où tout un pan économique d’une région implose. Et on lui rétorque que ce n’est pas le moment. Au fait : le bon moment, c’est quand ? Certes ! Dans l’immédiat, le Standard a d’autres soucis. Il lui faut digérer l’affront subi dimanche à Anderlecht. Ce qui n’est pas rien. Mais ce qui est bien peu à côté de la vraie souffrance qu’endurent aujourd’hui les familles de ces 581 travailleurs dépossédés de leur gagne-pain. D’autres suivront sans doute. Jelle Van Damme s’en offusque. En d’autres termes, il tient un discours-citoyen. Il se dit prêt à réconforter, rendre service, secourir. Pour cela, il se sert de sa notoriété. S’il est convaincu que ce mouvement économique qui emporte la sidérurgie liégeoise est irréversible, il tente d’en retarder au maximum le cours. En quelque sorte, il veut le canaliser. Pas l’ostraciser. Surtout pas ! Ce serait la pire des choses. Avez-vous observé que le drame d’Arcelor Mittal quitte peu à peu la « une » de nos quotidiens ? Le voilà relégué en pages intérieures, et même au bas de celles-ci. Un signe. Pire : un avertissement. Comme si le sujet n’était déjà plus qu’une nostalgie. Le flux médiatique se prépare à répandre d’autres nouvelles, qui, bientôt, seront remplacées par d’autres informations, qui, à leur tour, polariseront l’attention. Et ainsi de suite. Pour l’instant, tel qu’il se présente, ce Standard-là n’a pas encore acquis la culture du résultat. Cela ne saurait tarder. Enfin ! Espérons-le pour les Liégeois. Tel n’est pas ici le propos. Partie prenante de ce paysage défiguré par les hauts fourneaux qui s’élèvent non loin du stade de Sclessin que seule, la Meuse, sépare de cette geste humaine autrefois débordante d’activité, le Standard ne peut pas demeurer insensible à ce qui se passe par-delà le fleuve-frontière. Sinon ? Gageons que son capitaine se fera fort de le rappeler à ses devoirs. Et il aura raison !

Dominique              

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