L'odeur de la Coupe d'Europe

Par Dominique le 21 octobre 2011 - 1 commentaire

Connaissez-vous l’histoire de ce président d'un club belge qui, à l’issue d’une rencontre de Ligue des Champions disputée par son équipe, assista, incrédule, au spectacle d’un supporter adverse baissant son pantalon et déféquant à quelques centimètres de ses chaussures ?


Mercredi soir, lorsque j’ai éteint mon poste de télévision sur une formation de Genk qui joua les bouche-trous au lieu de jouer au ballon, j’ai, je l’avoue, éprouvé un peu de peine et ressenti beaucoup de compassion pour mes confrères journalistes appelés à suivre les Limbourgeois dans cette épreuve de Ligue des Champions. Je me mettais à leur place. D’ailleurs, j’y avais été. Les pensées parasitaires qui fricotaient avant-hier avec ma mémoire me ramenaient à une époque où, moi aussi, j’avais trinqué, dépêché en quelque sorte en éclaireur, précédant de quelques jours une équipe belge que le hasard envoyait ici et là. Dans les journaux, la mode du magazine en était à ses prémices. Entendez par là que lorsque la rencontre du milieu de semaine présentait un certain intérêt en terme de couverture médiatique, un type filait systématiquement en reconnaissance dès le vendredi, à charge pour ce volontaire désigné – je l’ai souvent été – de remplir un rôle d’épistolier tout en remplissant quotidiennement deux pages de gazette. Car moins que ça, ce n’est pas rentable, m’expliquait mon rédacteur en chef, le cul calé dans un fauteuil qu’il ne quittait jamais sinon pour rentrer chez lui. Contrairement aux apparences, l’exercice est plus périlleux qu’il n’y paraît. S’introduire au sein d’un grand club européen est compliqué. Je ne dirais pas que c’est comme partir dans le désert sans boussole, mais c’est un peu l’idée. Et quand vous êtes parvenu à pousser la bonne porte, recueillir les impressions de Romario, Fabien Barthez, Raul, Christian Karembeu, Fernando Gomes, Dennis Bergkamp, Artur Jorge, Zinedine Zidane, Roberto Baggio, Olivier Dacourt, Iker Casillas, Rio Ferdinand, Kevin Keegan, Marco van Basten, Oliver Kahn, Bixente Lizarazu ou Edwin van der Sar n’a rien d’une sinécure. De mon temps, ces types comptaient beaucoup. Aujourd’hui, ils ont été remplacés. Mais le critère de difficultés n’a pas changé. Loin de là. Sans doute s’est-il même intensifié. Voilà ce à quoi je songeais mercredi soir, en coupant ma télé sur les images, attendues, de la débâcle du Racing Genk face à Chelsea. Je pensais à ceux qui, mandatés par leurs journaux, avaient dû cavaler derrière Andre Villas Boas, John Terry ou Petr Cech pour recueillir, qui un avis flou sur l’équipe limbourgeoise, qui une vague opinion sur Romelu Lukaku, qui une déclaration convenue sur Thibaut Courtois.  Et puis, le match commence. Les buts se mettent à tomber, les occasions d’alourdir le score se multiplient tandis que sur la pelouse, quelques mètres plus bas, onze squelettes, onze pantins d’opérette affichent une dégaine flagada. Vous vous prenez la tête entre les mains et vous vous dites : « Tout ça pour ça. » Ce n’est pas exactement de la résignation, car celle-ci est un aveu d’échec, mais une forme d’incrédulité qui fait grisou sous l’occiput et vous interpelle : tous ces efforts à pourchasser l’un, à chercher l’autre, à débusquer un troisième, toute cette énergie déployée pour voir onze baladins baltringues se faire balader. « Mais, qu’est-ce que je fabrique ici, moi ? » Cette question, je me la suis notamment posée un soir du mois de septembre 2000, en quittant le stade d’Old Trafford où Manchester United avait passé un cinq-un bien tassé au Sporting d’Anderlecht. Les jours d’avant, j’avais pisté Alex Ferguson, Fabien Barthez, Jaap Stam et Ryan Giggs. « N’oublie pas David Beckham », m’avait-on recommandé depuis Bruxelles. « Le sujet est porteur en terme de ventes », avait-on insisté. « Fuck off » avais-je lu dans les yeux de l’icône quand, à la sortie d’un entraînement du complexe de Carrington, trou perdu au milieu de nulle part, celle-ci s’était arrêtée pour signer quelques autographes et, surtout, m’envoyer à la gare. David Beckham n’avait pas disputé cette partie de Ligue des Champions contre le Sporting d’Anderlecht. Cela n’avait pas empêché les Bruxellois d’en avoir plein les pieds et de s’en remettre à tous les saints du paradis afin que l’addition ne soit pas plus corsée. « Tout ça pour ça ». Si vous préférez : tout ça pour rien. Chronique d’une branlée annoncée, un exercice que je répèterai encore à diverses reprises, au Real Madrid notamment. Invariablement, je reprenais l’avion avec mon air d’enfant triste, semblable probablement à celui qu’affichèrent ceux qui, ce mercredi, furent abusés par les belles paroles de Mario Been – « C’est avec le plein de confiance que nous nous rendons à Chelsea », avait annoncé l’entraîneur limbourgeois – et qui, au final, se révélèrent incapables de décrypter le cabotinage de basse-cour d’un charlatan visiblement prêt à tout pour un zeste de reconnaissance. En ce mois de septembre 2000, l’Anderlechtois Aimé Anthuenis était moins prétentieux, lui ! Il n’ignorait rien de l’ampleur de la tâche qui attendait le Sporting face à Manchester United. Il était également conscient que le prochain voyage des Bruxellois serait casse-gueule. Et il le fut. C’était deux semaines plus tard, à Kiev. Les Ukrainiens avaient tenu à délimiter soigneusement leur territoire. Ils n’en démordirent pas. Leur numéro s’acheva sur un quatre-zéro douloureux. Ce soir-là, j’ai assisté à une scène que j’ai toujours du mal à qualifier aujourd’hui. J’étais en compagnie de Roger Vanden Stock. Nous guettions l’arrivée du bus qui devait nous ramener à notre hôtel. Habillé d’une tenue de camouflage, un supporter du Dynamo Kiev, qui macérait vraisemblablement depuis sa naissance dans un tonneau de vodka, s’était rapproché de nous sans que nous n’y prenions garde. Puis, s’accroupissant après avoir baissé son pantalon, il déféqua à quelques centimètres de nos chaussures, estropiant la bienséance avec un zèle pour le moins scabreux, signant à lui seul la fin du genre humain. Cette « fleur d’asphalte », qui poussa bien malgré lui à ses pieds, Roger Vanden Stock, d’abord incrédule, dut la considérer comme un signe. Il fit bien. Quelque temps plus tard, le Sporting d’Anderlecht prit sa revanche sur Manchester United et le Dynamo Kiev. Ensuite, il gagna contre le PSV Eindhoven, la Lazio Rome et le Real Madrid. Pas mal ? Et comment ! A propos : comment la sortie du stade de Stamford Bridge s’est-elle déroulée pour Herbert Houben, le président de Genk ? Normalement ? Ou bien a-t-il à son tour croisé la route d’un individu aviné, la bedaine sur les genoux, ayant les intestins généreusement portés sur la rigolade et aucun sens des convenances ? D’après moi, les Limbourgeois auraient besoin d’une subite manifestation de la chance afin d’éviter que leur épitaphe ne soit prématurément gravée au bout de cette pente savonneuse sur laquelle ils glissent dangereusement. Eh oui ! Tout ça pour ça...

Dominique

P.S. « B. comme Bruges ou comme Bazar », ai-je récemment écrit (mon blog du 23 septembre) à propos du Club. B. comme Birmingham, plutôt. Ceux qui, comme moi, ont assisté au match d’Europa Ligue entre les Flandriens et les Anglais auront saisi l’allusion. Et le sens de ma question, que je ne cesse d’ailleurs de poser : Adrie Koster est-il vraiment l’homme de la situation ?

         

10:16 Écrit par Dominique dans Ligues européennes | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook

Commentaires

intéressant et merci pour ce super article...encore!

Écrit par : générique | 14 novembre 2011

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