Courtois et le syndrome Rantanplan

Par Dominique le 07 décembre 2011 - 1 commentaire

L’homme politique a tenu à me répondre alors que je l’avais mis en cause dans une précédente parution. Il dément qu’après l’échec de la candidature de la Belgique pour l’organisation de la Coupe du Monde en 2018, il ait abandonné l’idée de doter le pays de stades dignes de ce nom. Or, c’est ce que j’avais clairement laissé sous-entendre à l’époque…


Je reviens d’Inde. Ce que je suis allé y faire ? Allez savoir. Et, de toute façon, vous ne le saurez pas. Cela ne regarde que moi. A mon retour, j’ai eu la surprise de découvrir un message émanant d’Alain Courtois. Il m’invitait à entrer en contact avec lui. Tiens, ai-je songé : les élections de 2012 approchent. Oh : quel mauvais esprit ! Et pour cause : les motivations de l’homme politique n’avaient rien à voir avec les intentions que je prêtais à Alain Courtois au moment de décrocher mon téléphone pour entendre ce qu’il avait à me dire. Le ton ? Amène. La conversation s’ouvrit sur l’état de santé du football belge, elle bascula ensuite sur les performances de l’équipe nationale – mon interlocuteur m’a confirmé qu’il nourrissait la même antipathie que moi vis-à-vis de Georges Leekens –, elle prit enfin une orientation plus personnelle tandis qu’il était question d’un texte que j’avais publié ici même et où je (re)mettais sérieusement en cause l’action d’Alain Courtois dans un dossier qui, et il l’avait répété à maintes reprises, lui tenait particulièrement à cœur : celui de nos stades. C’est vrai que ce jour-là – le 21 septembre –, je n’y étais pas allé avec le dos de la cuillère. Un bombardement en règle. J’avais flingué à tout-va. Prenez la peine de relire ma copie, dont je ne retire d’ailleurs pas une seule ligne – ce que j’ai précisé à l’intéressé –, et vous admettrez qu’il y a effectivement matière à agacer Alain Courtois. Les saillies ne manquaient pas. Elles avaient jailli de ma plume, telles des évidences. Ces dernières m’étaient encore plus clairement apparues tandis que je m’étais trouvé à des milliers de kilomètres de Bruxelles, au bout du monde, en Inde, tassé sous un soleil de plomb et accablé par un taux d’humidité sans pitié. Ainsi, à New Delhi, un circuit automobile, tracé au milieu de nulle part, préfigure l’édification d’un site qui comprendra bientôt une académie de pilotage, un stade de cricket, un parcours de golf et un stade de hockey. A Bombay, Mumbai si vous préférez, Datu, mon chauffeur, m’explique que le stade de cricket, dont je vois les quatre projecteurs s’élever le long de la très fréquentée Marine Drive, a été récemment réaménagé afin d’offrir un confort maximum aux milliers de spectateurs qui s’y pressent habituellement. Idem à Chennai, ultime étape de mon périple. De la Mer d’Oman à la Baie du Bengale, ce même souci de ne pas en rester là, d’aller de l’avant, d’améliorer les choses et, en tout cas, de ne jamais faire celles-ci à moitié est la marque incontestable de tout un pays. Le nôtre ? A part naviguer au doigt mouillé et ranger les dossiers au fond d’un tiroir, sous une pile bien lourde, comme autrefois dans les familles bien pensantes on planquait l’enfant handicapé ou adultérin dans la cave, avec interdiction de se montrer, je ne vois pas. Ou plutôt : je ne vois que trop bien. Car concernant les stades, mais également ce fameux centre sportif francophone de haut niveau dont André Antoine avait promis une avancée décisive du projet pour Pâques (« Le Soir » – 29 janvier), pas la peine de s’épiler les neurones : c’est plié, mort, enterré. A ce propos, la Belgique semble frappée de plein fouet par ce que je nommerais « le syndrome Rantanplan », du nom de ce chien bêta qui, issu des aventures de Lucky Luke, se caractérise par sa fainéantise et sa balourdise. Amer, Alain Courtois formule le même constat (« Le Soir » – 3 décembre), tout en m’assurant que, contrairement à ce que j’ai pu penser mais, surtout, écrire, il s’est « battu jusqu’au bout afin de doter le football belge d’installations dignes de ce nom ». J’écoute. Je prends acte. A mon tour, je déplore que la situation n’évolue pas. Je me remémore une phrase rédigée sous le coup de la colère. Je parlais – je cite de mémoire – de « bricolages ébouriffants » et d’« improvisations savonneuses » pour stigmatiser le comportement de ceux qui emmaillotent leur discours au gré des opportunités. J’incluais Alain Courtois dans le nombre, tous ces dragueurs d’électeurs qui posent volontiers leur stéthoscope sur la même grande et belle gorge palpitante susceptible de leur rapporter un maximum de voix. C’est bien connu. Mais quand il faut respecter sa parole, c’est autre chose. C’est bien connu aussi. La preuve : pour les stades, c’est plié, mort, enterré. « La volonté politique n’y est pas », observe Alain Courtois. Il rêvait d’avoir la classe du même nom unie derrière lui. Il n’aura eu qu’Yves Leterme pour lui apporter du soutien. Ce dernier parti, autant vouloir introniser une ballerine dans un congrès de sumos. Et puis, lui a-t-on encore rétorqué alors qu’il s’obstinait envers et contre tous – c’est lui qui me l’affirme –, le contexte ne se prête pas à ce genre de dépenses somptuaires. Recourir à ce type de gaspillage inutile serait malvenu à l’heure où l’Europe prépare ses tickets de rationnement. On se contentera donc d’accommoder de vieux restes, d’entretenir notre polyarthrite sur des sièges trop étroits disséminés dans des tribunes inhospitalières, de restaurer le moral des ménages en les persuadant que le désespoir n’est pas un péché : au vu des circonstances, n’est-il pas plus sage de savoir renoncer ? Un stade national pour remplacer le Heysel voué à la démolition ? Mais quelle idée ! Bruges ? Anvers ? Charleroi ? Anderlecht ? Liège ? Pour sûr qu’on est dans le jurassique ! L’envie d’un exil définitif vers l’Inde me prend soudainement…

Dominique     

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Commentaires

Dom, excellent papier, j'allais dire bien torché, mais il faut se méfier des raccourcis, surtout après quelques semaines de nourriture indienne. j'espère juste que tu n'es pas allé en Inde avec cet enfoiré démagogue et poujadiste de Pauwels

Écrit par : lucien prudence | 08 décembre 2011

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