Madrid, sommet du monde

Par Dominique le 08 décembre 2011 - 2 commentaires

Pourquoi j’aime autant assister à un match entre le Real et le FC Barcelone ? Parce que je me réjouis à l’idée de voir des types capables de transformer des poteaux de buts en mâts de cocagne. C’est si rare de nos jours…


Sommet. Le dictionnaire La Chatre – une référence sans aucun doute pour les plus anciens d’entre vous – en fournit la définition suivante, Tome III, page 935. « Sommet. Substantif masculin. Le haut, la partie la plus élevée de certaines choses ». Exemples : le sommet de la montagne, le sommet de la gloire. Le mot s’utilise également pour flatter quelqu’un dont on dit qu’il atteindra le sommet des honneurs. Il désigne aussi la tenue d’une réunion importante. Tiens ! Comme celle qui a lieu depuis ce jeudi à Bruxelles, histoire d’essayer d’effacer pour la énième fois de la mémoire collective tout ce tintouin cafardeux qui tintinnabule autour d’une monnaie unique. Personnellement, ce sommet-là ne m’intéresse pas. Même si, paraît-il – je cite « Le Figaro » de ce 8 décembre –, c’est celui « de la dernière chance pour l’euro ». Le message est clair. Le tocsin sonne. L’appel à se serrer les coudes est lancé. Pourtant, je ne les entends pas. Ni l’un, ni l’autre, et le troisième pas plus que ça.  L’asphyxiante présence dans ma ville, à quelques kilomètres de mon domicile, de prétendus génies économiques, de technocrétins ânonneurs et polycopiés, de morpions subalternes et de chefs de gouvernement sentencieux, tous apprentis-sorciers patentés, me laisse froid, tandis que leurs discours amidonnés de mouise, dans laquelle nous sommes appelés à patauger longtemps encore, et de jérémiades faussement colériques me font autant d’effet qu’un demi-kilo de farine Francine en aurait fait à Amy Winehouse. Si je m’égare de sommet en sommet, au point de faire couler ce blog à pic ? Pas du tout. Car j’en arrive précisément où je voulais en venir. Le seul sommet qui trouve grâce à mes yeux, celui que j’attends avec la même impatience incontrôlée que manifestait Amy Winehouse – eh oui, toujours elle ! –, lorsqu’elle guettait l’arrivée de son dealer, coïncide avec un match de football. Lequel ? Simple ! Celui qui, chaque saison, par deux fois au moins, oppose le Real Madrid au FC Barcelone. Le Clasico, comme on dit. Et qui s’écrit avec une majuscule, comme pour accentuer la qualité d’un spectacle taillé sur mesure et faire ressortir la grandeur d’un jeu venu d’ailleurs qui vous promet la lune et tous ses cratères. J’y pense là, en rédigeant ces quelques lignes, et la perspective d’assister au Clasico de samedi, le deux cent quarante-septième de l’histoire, toutes compétitions confondues, eh bien, cette éventualité fait battre le rappel à ma jugulaire, la chamade à mon pouls et mon cœur à en perdre la raison. A force d’en parler, je sens enfler, telle une méduse, ma langue dans ma bouche. Je suis excité, un peu comme si Naomi Watts me proposait de lui donner la réplique en tenant le rôle de King Kong dans un remake du film éponyme. J’avoue toutefois ne pas avoir trop aimé quelques-uns des précédents Clasicos, ceux où, guidé par un José Mourinho au regard aliéné et hurlant depuis son banc de touche à cris de bête, le Real Madrid avait confondu la valeur du maillot et la vaillance des gestes, un pied dans l’absurde et l’autre servant à distribuer de brutaux coups de latte dans le fond du falzar des joueurs catalans. Quand ce n’était pas José Mourinho lui-même qui plantait un index vengeur dans l’œil du dénommé Tito Vilanova, l’adjoint de Pep Guardiola ! Tristes crêpages de chignon dignes des plus vulgaires marchandes de poissons. Dès lors, tabassera-t-on samedi dans le quartier de Chamartin, haut-lieu de ces rendez-vous séculaires dont le premier d’entre eux remonte au 13 mai 1902 ? Ou, au contraire, le mythique Estadio Santiago Bernabeu fera-t-il honneur à sa réputation de trésor du patrimoine mondial du football, nombre des étoiles attribuées indiscutable et dont, je l’espère sincèrement, la trajectoire se gardera bien d’être filante ? Real Madrid – Barcelone : de la poésie plaquée sur du divertissement ! Voilà l’image qui me vient lorsque je me mets à songer au Clasico. Un rencontre qui banalise l’extraordinaire ? Il n’y en a pas d’autres. Un face à face déclencheur de sensations fortes en avalanches continues ? Il n’y en a aucun comme celui-là. Un duel qui oppose les deux meilleurs attaquants du monde ? Je me rappelle de tant de têtards qui auraient voulu être génisses, mais un contorsionniste de la trempe d’un Lionel Messi et une ogive galopante à la puissance de feu semblable à celle que développe Cristiano Ronaldo, cela rend forcément les hâbleurs plus modestes, les enflures moins arrogantes et les à peu près, farce. Et les défenseurs forcément plus attentifs. Et les spectateurs inévitablement plus admiratifs. Lionel Messi – Cristiano Ronaldo. Superbe bras de fer. Avec, à la clé, l’attribution, le 9 janvier, du Fifa Ballon d’Or 2011. L’Argentin de Barcelone est le double tenant du titre. Le Portugais du Real Madrid est le seul qui puisse empêcher Lionel Messi de réussir un sensationnel triplé. Il est également celui qui le précède au palmarès du prestigieux trophée, après qu’il l’ait obtenu en 2008. Cristiano Ronaldo, qui, comme moi, n’aime pas Lionel Messi, n’ignore pas que la quête des voix dont il aura besoin pour concrétiser son rêve passe par une prestation exceptionnelle lors de ce Clasico. Lionel Messi, qui se fout de savoir que Cristiano Ronaldo et moi ne l’aimons pas, est convaincu, pour sa part, que s’il fait un tabac, ce week-end, à Madrid, il ralliera à lui un maximum de suffrages d’ici au 9 janvier prochain. La suprématie de l’Argentin sur ses pairs sera alors totale. Le fou dribblant en son chemin des gammes. Ou la purge des lignes arrières, le malicieux aux passements de jambes énaaaurmes, aux accélérations dévastatrices et aux tirs imparables. Vivement samedi ! Je me réjouis vraiment à l’idée de voir deux types capables de transformer des poteaux de  buts en mâts de cocagne !

Dominique

P.S. : J’ai rédigé ces quelques lignes en pensant à José Lago, cet employé modèle du Sporting d’Anderlecht, spectateur assidu de la Liga, arraché cette semaine à l’affection des siens…

       

16:46 Écrit par Dominique dans En marge | Lien permanent | Commentaires (2) |  Facebook

Commentaires

Très bon papier, C'est l'Inde qui t'as mis dans cette forme? C'est du parfait,à part ton incompréhensible désamour pour Lionel Messi, qui est à Ronaldo-la-gonflette ce que Mozart était à Salieri. Dommage qu'on ne puisse plus demander à Amy Winehouse ce qu'elle en pense

Écrit par : lucien prudence | 08 décembre 2011

Répondre à ce commentaire

Très bon papier, C'est l'Inde qui t'as mis dans cette forme? C'est du parfait,à part ton incompréhensible désamour pour Lionel Messi, qui est à Ronaldo-la-gonflette ce que Mozart était à Salieri. Dommage qu'on ne puisse plus demander à Amy Winehouse ce qu'elle en pense

Écrit par : lucien prudence | 08 décembre 2011

Répondre à ce commentaire

Les commentaires sont fermés.