En finir avec Frank De Bleeckere...

Par Dominique le 23 décembre 2011 - 1 commentaire

Je tiens à me démarquer du tsunami de louanges ayant salué, il y a quelques jours, l’ultime représentation du clown noir d’Audenarde. En dépit de certaines calembredaines et d’audacieux gigotis, la cote de ce dernier n’a jamais dévissé. Un miracle ? Plutôt une nécessité. Frank De Bleeckere : l’arbre qui cachait la forêt ? En quelque sorte…


Dieu existe ! La preuve : il a réussi à convaincre Frank De Bleeckere de prendre sa retraite. D’accord avec vous ! Le Tout-Puissant a mis du temps et le merle d’Audenarde n’a guère mis du sien avant de percevoir, puis décrypter les signaux qui lui étaient adressés de là-haut. Mais, bon ! Maintenant, ça y est : Frank De Bleeckere a le sifflet coupé. Personnellement, je ne m’en plains pas. Je n’appréciais guère le Flandrien. En fait, je ne l’ai jamais aimé. Lorsqu’il arbitrait, Frank De Bleeckere me donnait l’impression de faire son cinéma, et uniquement cela. Trop théâtral. Surcoté ? Egalement. Austère ? Pareil. Lorsque je voyais Frank De Bleeckere arbitrer, je songeais systématiquement à une phrase d’Alphonse Allais, humoriste français du dix-neuvième siècle célèbre pour son esprit de dérision. Celui-ci a dit un jour : « Le sérieux n’est que de la crasse accumulée dans des têtes vides ». Je n’irai pas jusqu’à prétendre que le Flandrien était un crâne d’œuf, spécialiste, qui plus est, des omelettes ratées. Ce serait excessif. Mais cette mine de fâcheux constipé que Frank De Bleeckere affichait dès qu’il pénétrait sur une pelouse m’a toujours profondément horripilé. Il se comportait en âme solitaire, traînant sa désespérance d’être le dépositaire d’un ascendant moral comme une chanteuse débutante ferait des politesses agenouillées au gérant de la salle où elle souhaite se produire : soigneusement. Attention ! Lorsque Frank De Bleeckere arbitrait, je ne lui demandais pas d’être enjoué, ni de sanctionner dans la bonne humeur. Quoique certains de ses prédécesseurs, au niveau belge, ou de ses collègues, à l’échelon international, ne se gênaient pas pour tomber sur le râble des fauteurs de troubles sans pour autant afficher une mine déprimée de croque-morts de cartoons américains. J’admets volontiers qu’il est compliqué d’imposer la couleur noire à l’ironie, qui plus est devant un public réfractaire. Dans ce domaine, donc, Frank De Bleeckere ne s’est jamais forcé. Il demeurait lui-même. Chez les observateurs de tous bords, le temps ne fut – pratiquement – jamais à l’irrévérence quand il fut question de commenter les faux-pas – car il y en eut – de l’implacable satrape d’Audenarde. On ne badine pas avec l’autorité, celle-ci fut-elle bafouée comme ce 7 décembre 2002, date d’une rencontre entre le Club Brugeois et le Sporting d’Anderlecht. Sommé d’éteindre l’incendie qui menaçait de ravager l’Olympiapark, le pompier en chef se montra davantage préoccupé par repeindre la caserne en lieu et place de circonscrire le feu. Non content de perdre complètement les pédales et, a fortiori, de laisser le match lui échapper totalement, Frank De Bleeckere perdit à mes yeux cette crédibilité que l’objectivité me contraignait d’afficher envers celui dont le plus grand nombre vantait à l’époque l’infaillibilité du jugement. La colonne vertébrale de la corporation, c’était lui. Tu parles ! D’abord, personne n’est infaillible. Ensuite, le reproche le plus virulent qui me vient à propos du Flandrien réside justement dans le fait qu’on ait voulu nous faire avaler qu’il laverait plus blanc que blanc. Lui, le premier. Là, c’est de bonne guerre. Sous le couvert d’une fausse modestie et d’un sens hors du commun des relations publiques, Frank De Bleeckere s’efforça d’abuser tous les cornichons – fort nombreux au demeurant – que compte le football belge. Surfant sur la vague médiatique disposée à le porter à son sommet au gré des interviews auxquels il se prêtait plus volontiers qu’à son tour, le faux mage marqua peu à peu son territoire, trouant la grisaille du moment tandis que l’ensemble de nos clubs faisaient plus souvent qu’à leur tour l’avion en décollage horizontal dès l’instant où il leur fallait voyager à travers le continent. En ce sens, Frank De Bleeckere fut une bénédiction : à défaut de posséder des joueurs ou des équipes capables de la représenter dignement hors frontières, comme naguère, la Belgique chercha dans l’émergence d’un individu le moyen d’échapper au naufrage collectif qui s’annonçait. Cette manœuvre coïncida-t-elle avec l’ultime sursaut d’une tradition agonisante ou s’apparenta-t-elle à un véritable renouveau ? A votre avis. Représentant d’un énième consensus mou qui a fait la réputation de ce pays, au même titre que Manneken-Pis, un autre "siffloteur", Frank De Bleeckere fut sommé de maintenir la frêle embarcation nationale à flots, qui, elle, restait des heures à regarder passer des ciels de traine sans oser s’aventurer trop loin au large. Plus que jamais, la noirceur était un viatique, même si l’illustre ambassadeur officia à 281 reprises en championnat et Coupe de Belgique réunis, dirigea 47 rencontres de Ligue des Champions, prit part à un Championnat d’Europe des Nations et à deux Coupes du Monde. A la clé ? De vagues promesses de consécration, qui auraient pu prendre la forme d’une désignation en finales de Ligue des Champions ou – et de Coupe du Monde. Mais sur quelles bases ? Sur celle, entre autres, de cette inadmissible erreur de jugement commise le 3 mai dernier, lors de la demi-finale retour de Champions League entre le Real Madrid et le FC Barcelone ? Je parle là de quelqu’un qui réussit l’exploit d’annuler un but alors que le joueur puni, Cristiano Ronaldo, avait été préalablement déséquilibré par un adversaire, Gerard Piqué. Sacrée calembredaine. En tout cas, un mauvais choix. Semblable d’ailleurs à ceux que Frank De Bleeckere avait effectués un an plus tôt, en Afrique du Sud, au détriment de la Corée du Sud, des Etats-Unis et de l’Algérie. Je tiens à la disposition des sceptiques les vidéos de ces parties. Samedi, le Flandrien était à l’œuvre pour la dernière fois. Il n’a pas pu s’empêcher de commettre une ultime bourde, pénalisant injustement Zulte-Waregem en sanctionnant d’un hors-jeu imaginaire une action qui aurait pu tout changer. Tiens ! Et vous vous rappelez de la mansuétude dont Chris Mavinga bénéficia quand il confondit le visage de Mehdi Carcela avec le ballon ? Et que penser, lors de ce même match décisif pour le titre entre Genk et le Standard, de cette véritable entreprise de détroussage dont les Liégeois furent les victimes en étant incompréhensiblement privés d’une balle de zéro-deux que la paire Witsel – Nong était sur le point de glisser au fond des filets de Thibaut Courtois ? Frank De Bleeckere fut un bon arbitre. Pas un grand arbitre…

Dominique

 

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Écrit par : comparateur mutuelle optique | 10 octobre 2012

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