Beerschot : Beckham ne viendra pas

Par Dominique le 25 décembre 2011

En guise de cadeau de Noël, j’aurais tant aimé vous annoncer l’arrivée d’un joueur de haut niveau dans le cadre de la campagne hivernale des transferts. Celle-ci se met doucement en place, ici et là. Mais, comme d’habitude, nous nous contenterons du menu fretin et autres laissés pour compte…


Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de l’édition que le journal « Le Monde » publie le samedi. Voilà un journalisme de qualité. Ce qui n’est pas rien en ces temps de disette intellectuelle où l’information a la vigueur onaniste du verbiage populiste. Vous en conviendrez avec moi. Ensuite, le quotidien du soir, ainsi surnommé parce qu’il est disponible en France dès la fin de l’après-midi, se fend chaque week-end d’un cahier sportif bien ficelé. Yannick Noah y avait récemment dit tout ce qu’il pensait du doping. Rappelez-vous ! Les prises de position de l’ancien champion de tennis avaient suscité moult débats et déchaîné la polémique. Il y a huit jours, tandis que j’avais moi-même évoqué le sujet (ma chronique du 14 décembre), « Le Monde » dévoilait à son tour le calvaire que vivaient plusieurs anciens internationaux algériens. Tous papas d’enfants handicapés, ils désiraient s’extraire du fatalisme amorphe dans lequel ils se complaisaient jusqu’à présent, confessant enfin l’inavouable : le dopage auquel ils eurent recours pendant leur carrière est à l’origine de cette longue nuit dont leur famille ne verra jamais le bout. Cette double page, que vous prenez comme un coup de poing en pleine figure, stigmatisait les ignobles travers d’un détestable système D, pour Dérive, Désespoir, Déclin et, dès lors, Dénonciation. Dans un registre plus léger – j’aurais écrit « simpliste » s’il ne s’agissait pas du « Monde » –, c’est au tour du comédien Lorànt Deutsch de monter au créneau. A défaut de brûler les planches – ce que ses (rares) admirateurs seraient en droit d’exiger de lui –, le baltringue brûle ce qu’il a longtemps adoré : le Paris-Saint-Germain. Lorànt Deutsch affirme ne rien comprendre à la politique sportive menée par le club de la capitale. Il ne se reconnaît plus en lui. Il s’insurge contre cette pratique qui, sous le couvert de vouloir redonner au PSG ce prestige qui fut naguère le sien, consiste à faire du lèche-vitrine en allant quérir comme joueurs tout ce qui se présente à portée de chéquier : l’Italien Salvatore Sirigu, l’Uruguayen Diego Lugano, l’Argentin Javier Pastore et, maintenant, l’Anglais David Beckham. En attendant un nouvel entraîneur : Carlo Ancelotti, sans oublier Carlos Tevez, Edison Cavani, Hulk, Federico Balzaretti, Kolo Touré, Roberto Soldado ou encore Marco Borriello. Tous ne viendront pas, bien sûr. Mais, moi, si j’étais supporter du Paris-Saint-Germain, je me réjouirais en apprenant que – qui sait ? – un attaquant de la trempe de Cavani ou un défenseur du niveau de Balzaretti me permettraient enfin d’arrêter de tremper mon regard dans la merde. Désolé pour l’expression. Elle m’est venue spontanément. Et puis, c’était un peu ça, le PSG, avant que des Qataris n’en deviennent les nouveaux propriétaires. Lorànt Deutsch, lui, il veut qu’on lui rende « son Paris », l’ancien, le décati, parce qu’il trouve que le Paris d’aujourd’hui, « c’est plus Paris, c’est Disneyland ». En cette période de réjouissances, il a eu la main lourde sur la bibine, le baladin grincheux. Sa cervelle s’effrite. Son regard s’embrouille. Si, au lieu de contempler des vitrines de fête, le saltimbanque raseur préfère fréquenter la cour des miracles, je lui conseille de passer ses soirs de relâche en ma compagnie, lorsque j’assiste à certaines rencontres du championnat de Belgique. Là, il en verra des équipes qui ne perdent pas leur identité mais qui, en contrepartie, sont incapables de gagner des matches. Là, il comprendra, Lorànt Deutsch, qu’entre le pied droit de David Beckham et les bottes d’égoutier de ces prétendues pointures que j’ai eu la malchance de croiser, mon dégoût est très sûr. Gare ! Un nouvel arrivage est annoncé, avec le défenseur grec, déjà blessé, de Lokeren (Giorgios Galitsios), l’arrière norvégien (Vegard Forren) et l’attaquant colombien (Carlos Bacca) suivis par le Club Brugeois, les présumés successeurs de Lucas Biglia (le dénommé Funso Ojo et le Polonais Rafal Murawski) sur qui Anderlecht a jeté son dévolu en cas de départ de l’Argentin, sans oublier un duo de Congolais (Mbenza et Patou Kabangu) censé flatter l’orgueil des supporters bruxellois. L’année qui s’annonce nous promet quelques jeux du cirque bien de chez nous. Et je ne vous parle pas de ces différents bricolages qui nous attendent, soit autant de fumisteries que certains marchands de poudre de perlimpinpin ne vont pas se gêner pour accommoder à leur sauce. Maréval annoncé au Club Brugeois, Reynaldo parti à Westerlo, qui espère Chatelle, Iakovenko et Dequevy, Iakovenko courtisé également par Louvain et par Lokeren, Genk qui se débarrasse de Sarr et où Bart Buysse est pressenti, le Lierse qui dégraisse à bras raccourcis et le Beerschot qui élague à tire-larigot, Zulte-Waregem qui s’interroge sur les capacités réelles du Macédonien Trajkovski, Saint-Trond qui recadre Rubin Okotie et qui fera tout pour conserver Reza, son meilleur buteur, La Gantoise qui se demande quoi faire du Slovène Suler, du Costaricain Myrie et du Malien N’Diaye : à ce point de désolation, je ne peux pas m’empêcher de considérer Lorànt Deutsch comme un doux dingue quand il prétend que la venue de David Beckham au Paris-Saint-Germain est une hérésie. La métaphysique du poil de cul coupé en quatre ? Merci bien. Tirade jésuite de bonne conscience ? Idem. C’est clair, non, que l’argent prend définitivement le pouvoir sur l’humain ? Quoi ? Ce n’est pas comme ça que cela marche ? Demandez un peu à Patrick Vanoppen ce qu’il en pense. Le président du Beerschot en cherche désespérément, lui, de l’argent pour éviter à son club de se cracher dessus par vent contraire. Interdits de recrutement, confrontés à des retards de salaires, les Anversois troqueraient volontiers un compte en banque bien fourni contre leur âme, un concept qui, dans le football actuel, n’est de toute manière plus de mise. Désormais, l’éden est devenu l’annexe de gigantesques fonds d’investissements qui décident du sort des uns et des autres. J’en reviens au Beerschot. Ne vous méprenez pas sur la nature du triple A que le Père Noël a déposé sous le sapin des Anversois. Cette cote sanctionne d’un grand éclat de rire (Ah ! Ah ! Ah !) la façon dont ce club est géré, tandis qu’elle compare celui-ci à une usine à fabriquer des andouille(tte)s. Jamais, donc, David Beckham ne viendra au Kiel. Et je le déplore. Sincèrement…

Dominique

P. S. : J’ai pu observer que les critiques que j’avais récemment émises sur Frank De Bleeckere ont été peu appréciées par d’aucuns. J’assume toutefois ces propos qui consistaient à présenter le Flandrien comme un pinailleur et un arriviste. Du reste, si Frank De Bleeckere n’avait pas été ce carriériste que j’ai décrit, ne croyez-vous pas qu’il aurait continué à arbitrer en Belgique, comme le règlement l’y autorisait ? Sans aucun doute. Mais, voilà ! Rattrapé par l’âge, interdit à ce titre de toute grande compétition internationale, Frank De Bleeckere ne voyait plus aucun intérêt à perdre son temps les week-ends du côté de Saint-Trond, Mons ou Malines, des destinations de substitution probablement indignes de lui…

16:49 Écrit par Dominique dans Jupiler Pro League | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook

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