Le foot, les cons et moi...

Par Dominique le 27 décembre 2011 - 4 commentaires

Souvent, les joueurs de football considèrent leur nombril comme la partie la plus importante de leur corps. Ils oublient alors qu’ils ont aussi un cerveau. Même si certains oublient également parfois de s’en servir. Les exemples ne manquent pas. En voici trois, pris au hasard...


Elle était somme toute assez amusante, cette interview accordée par Jonathan Legear. En ce qui me concerne, je l’ai découverte dans l’édition du « Nieuwsblad » parue le 24 décembre. Interrogé à propos de l’expérience qu’il est train de vivre avec le club tchétchène du Terek Gronzny, l’ancien joueur du Sporting d’Anderlecht n’a pas pu s’empêcher de déraper. Avec lui, vous me direz, c’est une habitude. Car quand Jonathan Legear ne défonce pas des bagnoles ou n’emboutit pas des façades, ce sont ses heurts d’idées qui provoquent un sinistre total : celui de la pensée. A l’image des tête-à-queue qu’il lui arrive d’effectuer de temps à autre derrière son volant, ses bafouillages ne sont pas contrôlés. Ses phrases se résument à un cortège de mots qui, mis bout à bout, témoignent d’une infatigable crédulité. Si on en redemande ? En cette période de crise qu’on nous promet rude, les occasions de rire sont plutôt rares. Dès lors, profitons de la dernière trouvaille spirituelle de Jonathan Legear. Je vous la livre comme elle m’est parvenue, sur les chapeaux de roues : « Ce qui m’a le plus frappé depuis que je suis en Russie, explique le Liégeois, c’est la façon dont on conduit là-bas. Ces gens roulent comme des fous. » Venant de la part de quelqu’un qui, quelques jours auparavant, s’était fait lourdement fesser par la justice belge pour des faits peu glorieux remontant à une délirante cavalcade motorisée qui s’était terminée au petit matin, un gros mur de briques sur le capot du bolide, le propos a de quoi étonner. Et, effectivement, il étonne. Non pas parce que l’ardent rhésus de la bêtise coule sans relâche dans les veines de Jonathan Legear – on le sait en effet peu dégourdi – mais parce que le plus sournois des paradoxes ne semble guère l’effrayer. Voilà donc un loustic à qui un juge vient d’infliger une peine de prison de quinze jours, assortie d’une amende et d’un retrait de permis, qui se permet malgré tout d’émettre une opinion pour le moins tranchée dans un domaine où les seules preuves qu’il ait jamais faites, l’ont été à sa charge ! « Les Russes ? Mais ces gens roulent vraiment comme des fous. » Je lis et je relis cette phrase. Je ne m’en lasse pas. Elle participe à ma bonne humeur du moment. Elle me fait aussitôt songer à ce mot de Michel Audiard, ce skipper du calembour à qui le cinéma français doit ses plus belles répliques. Celui-ci affirmait volontiers que « les cons, ça ose tout et d’ailleurs, c’est à ça qu’on les reconnaît ». Remplacez « cons » par « footballeurs » – même si, parfois, l’un et l’autre se valent – et toute équivoque sera dissipée au sujet de cette ethnie à crampons dont le nombril constitue le meilleur public. Je vais vous raconter une anecdote. Un jour où je m’attardais du côté du Parc Astrid, je fus accosté par l’un des maîtres des lieux : Gilles De Bilde, pour ne pas le nommer. A l’époque, celui-ci était l’heureux propriétaire d’une Ferrari. Quel modèle ? Je l’ai oublié. Et puis, de toute manière, je m’en foutais royalement. Désignant son bolide autour duquel tournicotaient quatre ou cinq représentantes de l’autre sexe, Gilles De Bilde commenta la scène tandis que ses yeux sortaient littéralement de leurs orbites à la vue de ces pétasses en chaleur : « Tu vois, m’annonça-t-il, ce qui nous différencie, toi et moi, c’est mon fric, car jamais tu ne pourras t’offrir une Ferrari avec ton salaire de journaliste. » Je lui répondis que ce n’était pas faux. Il ajouta : « Regarde-toi. Tu te laisses aller. Pourquoi ne t’inscris-tu pas dans une salle de remise en forme pour rendre ta silhouette plus alerte ? » Là non plus, Gilles De Bilde ne se trompait pas : j'accusais un excédent de poids, mon hygiène de vie n’était plus ce qu’elle était. Enfin, le coup de grâce : « Avec un physique comme le tien, comment peux-tu espérer te faire des gonzesses ? Moi, en revanche, grâce à ma Ferrari, mon argent, mon corps d’athlète, je n’ai qu’à claquer des doigts et je les ai toutes à mes pieds. » Devant tant de vérités, Gilles De Bilde s’attendait probablement à ce que des marques de sueur viennent salir le col de ma chemise, que je sois chamboulé de l’intérieur et que ma bouche malaxe le vide. La sentence qu’il m’avait été donné d’entendre était à ce point implacable que tout appel m’apparaissait vain. Une phrase suffit toutefois à me venger. Je demandai à Gilles De Bilde : « Et toi, ta connerie, tu l’as planquée où : sous le capot de ta Ferrari, à la banque, dans un coffre, ou au fond de ton slip ? » Lui et moi, nous avons eu besoin de temps pour nous reparler. Et lorsque le dialogue s’est rétabli, il ne fut plus jamais question de puissantes cylindrées, d’argent ni de petits ou de gros nichons. J’ai également eu une conversation de ce genre avec Marc Degryse. Elle portait sur les charmes d’une hôtesse de l’air que l’un de mes confrères convoitait sous l’œil, jaloux, du joueur. Nous étions en route vers Kiev. La dame en question donnait l’impression d’être plus tentée par relire la copie de mon camarade que par vouloir vérifier l’influence que peut avoir le sexe avant une rencontre de Coupe d’Europe sur la prestation d’un ténor des stades. Ce choix ne fut pas du goût de Marc Degryse, qui, se tabassant les amygdales d’importance, lança à l’effeuilleuse iconoclaste : « Vous n’allez tout de même pas préférer un journalise à un footballeur ? » Remarque honteuse, gravée à la va-vite dans le bois d’un amour-propre mal placé. Entendant cela, toute forme de politesse me sembla une hérésie. Je fis alors comprendre à Marc Degryse qu’il bavouillerait longtemps sur son maillot quelques mucosités en guise de formule de contrition. Jamais, lui précisai-je, et nous sommes demeurés fâchés quinze ans, je ne me gênerai pour offenser un imbécile. C’est sans doute pourquoi, lassé de trop en croiser, qu’un jour, j’ai décidé de prendre du recul par rapport à ce milieu. Et je n’en nourris aucun regret...

Dominique             

 

11:37 Écrit par Dominique dans En marge | Lien permanent | Commentaires (4) |  Facebook

Commentaires

Tu écris vraiment trop bien !!! Même si la forme est parfois douteuse le fond lui est bien réel !!!!

Je t adore Paquetounet .... chéri .... chéri


Michel

Écrit par : Gouve | 27 décembre 2011

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..........hum, " il écrit bien".......mais il trempe un peu trop la plume dans le vitriol !!!!

Écrit par : declerck | 28 décembre 2011

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Le design est complet de même Les actus

Écrit par : casque moto bluetooth | 08 juillet 2014

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Les textes sont extraordinaire Le theme pareillement

Écrit par : rachat de credit | 16 juillet 2014

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